Tandis que les gangs multiplient les attaques, les structures d’accueil s’effondrent, les femmes et enfants paient le plus lourd tribut.
La spirale de violence qui dévaste Haïti semble ne connaître aucun répit. Au cœur du département du Centre, plus de 16 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers à la suite d’attaques armées récentes. Elles rejoignent ainsi les 1,3 million de déplacés internes recensés à travers le pays, conséquence directe de l’embrasement des gangs dans cette nation caribéenne.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), la majorité de ces nouveaux déplacés ont été accueillis par des familles locales, tandis que plusieurs centaines s’entassent désormais dans sept sites informels de déplacement.
Un pays à genoux face à l’urgence
« Ces développements reflètent la détérioration continue de la situation sécuritaire en Haïti », a alerté Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies, mardi 9 juillet, lors d’un point de presse. Cette insécurité croissante aggrave considérablement les besoins humanitaires, déjà alarmants.
Plus de la moitié des personnes déplacées sont des enfants. À ce jour, 6 millions d’Haïtiens – soit plus de la moitié de la population – dépendent de l’aide humanitaire. Les femmes et les filles, en particulier, sont exposées à des risques extrêmes, notamment à des violences sexuelles dans les camps improvisés, selon des cas déjà documentés.
Belladère, zone de rupture
Dans la ville de Belladère, à la frontière avec la République dominicaine, la pression est devenue insoutenable. Le flux de déplacés internes s’ajoute à celui des migrants haïtiens refoulés par les autorités dominicaines : plus de 121 000 personnes ont été expulsées depuis le début de l’année, dont près de la moitié par ce seul point de passage.
Une mission conjointe menée fin juin par l’OCHA et d’autres partenaires a confirmé l’ampleur de la crise : enfants non accompagnés, familles déracinées par les violences à Mirebalais, services essentiels saturés… Tous les indicateurs virent au rouge.
Malgré ce contexte dramatique, des efforts d’aide sont maintenus : distribution de repas chauds, aides financières, services de protection, fournitures médicales, mais les ressources ne suffisent plus.
Une réponse humanitaire étranglée par le manque de financement
Le Plan de réponse humanitaire 2025 pour Haïti est aujourd’hui le moins financé au monde. Sur les 908 millions de dollars nécessaires, moins de 75 millions avaient été reçus au 9 juillet, soit à peine 8 % du montant total. Ce déficit entrave gravement la capacité des acteurs humanitaires à intervenir dans les zones les plus critiques.
Et pourtant, les résultats obtenus dans les conditions actuelles restent notables : entre janvier et mars, 720 000 personnes ont reçu une aide alimentaire d’urgence, 25 000 ont bénéficié de kits d’abris, 35 000 d’articles non alimentaires, 170 000 d’un accès à l’eau potable, et 55 000 à des installations sanitaires d’urgence.
Mais les besoins croissent bien plus vite que les moyens disponibles. Les appels à la communauté internationale restent largement sans réponse.
La Rédaction

