Et si pour redonner du sens à sa vie, il fallait d’abord en faire le deuil ? En Corée du Sud, des milliers de personnes participent chaque année à leurs propres funérailles… sans mourir.
Dans un pays réputé pour sa compétitivité extrême et la pression du travail, une nouvelle pratique étonne et fascine : les funérailles pour vivants, ou Living Funerals. Popularisées à Séoul depuis le début des années 2010, ces cérémonies invitent les participants à vivre une expérience troublante : se confronter symboliquement à la mort pour mieux apprécier la vie.
Tout commence dans une salle sobre, souvent dans une entreprise, un centre de méditation ou une université. Chaque participant revêt un habit funéraire, écrit une lettre d’adieu à ses proches, puis s’allonge dans un cercueil en bois. Le couvercle se referme doucement, la lumière s’éteint, et pendant dix longues minutes, le silence devient total. Dans cette obscurité pesante, beaucoup pleurent, d’autres méditent, certains rient nerveusement avant de sombrer dans une profonde introspection.
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Pour la société sud-coréenne, où le taux de suicide reste parmi les plus élevés du monde développé, ces rituels représentent une forme de thérapie collective. Les organisateurs — souvent des coachs en développement personnel ou des moines bouddhistes — affirment que l’expérience aide à relativiser les échecs, à réduire le stress et à redéfinir ses priorités. « Quand les gens sortent du cercueil, ils ne sont plus les mêmes. Ils comprennent que la vie ne se résume pas à courir après la réussite », confie un instructeur du centre Hyowon Healing à Séoul.
Ce phénomène a depuis gagné les universités et même certaines entreprises, qui y voient un outil de bien-être pour leurs employés. Derrière le côté insolite, ces funérailles symboliques traduisent un besoin croissant de pause dans une société où tout va trop vite.
En Corée du Sud, s’allonger dans un cercueil n’est donc pas une provocation, mais une renaissance. Une manière radicale de dire : avant d’apprendre à vivre, il faut d’abord oser se regarder mourir.
La Rédaction

