Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, a pris une décision fracassante en ordonnant l’expulsion d’une mission de la CEDEAO chargée de faciliter le dialogue politique en vue des élections de 2025. Dans la foulée, il a confirmé sa candidature pour un second mandat. Une manœuvre politique qui s’inscrit dans un climat de tensions croissantes entre son régime et les instances régionales.
Une mission de médiation brutalement interrompue
Depuis le 21 février, la CEDEAO, en partenariat avec l’UNOWAS (Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel), tentait d’accompagner les acteurs politiques bissau-guinéens dans l’élaboration d’une feuille de route pour des élections inclusives et apaisées. Mais le 1er mars, coup de théâtre : la mission est expulsée sur ordre d’Embaló, qui invoque des ingérences extérieures et une tentative de déstabilisation de son pouvoir.
Loin d’être un simple incident diplomatique, cette décision illustre la crispation du président face aux pressions internationales. En refusant la médiation, il affirme sa volonté de garder le contrôle total du processus électoral, quitte à s’opposer frontalement aux institutions sous-régionales.
Une candidature sous tension
Dans la foulée de cet épisode, Embaló a officiellement annoncé qu’il briguerait un second mandat en 2025. Ce choix n’a rien d’étonnant : après avoir survécu à une tentative de coup d’État en 2023 et dissous l’Assemblée nationale en décembre dernier, il se positionne comme l’homme fort du pays, prêt à en découdre avec ses opposants.
Mais son passage en force pourrait renforcer l’isolement de la Guinée-Bissau sur la scène ouest-africaine. La CEDEAO, qui multiplie les interventions face aux crises politiques dans la région, pourrait durcir le ton. À l’heure où plusieurs États du Sahel contestent l’influence des organisations régionales, Embaló choisit à son tour l’affrontement.
Entre autorité et isolement
L’expulsion de la mission de la CEDEAO marque une nouvelle étape dans la stratégie du président bissau-guinéen : celle d’un dirigeant qui ne veut répondre qu’à lui-même. Si cette posture renforce son emprise sur le pays, elle comporte aussi des risques, notamment une dégradation des relations avec ses partenaires régionaux et internationaux.
Alors que la Guinée-Bissau se dirige vers une élection sous haute tension, une question demeure : jusqu’où Embaló est-il prêt à aller pour conserver le pouvoir ?
La Rédaction

