La Grèce antique fascine par ses mythes, mais la sexualité masculine y était régie par des codes précis, loin des conceptions modernes d’« orientation sexuelle ». Entre éducation civique, guerre et hiérarchie sociale, les relations entre hommes étaient structurées et normées, et non dictées par le désir individuel.
Pédérastie : l’éducation au cœur des relations masculines
L’élément central de l’homosexualité masculine grecque réside dans la pédérastie, une relation codifiée entre un homme adulte, l’éraste, et un adolescent, l’éromène. L’éraste, actif sur le plan sexuel et symbolique, enseignait le courage, les valeurs civiques et la discipline morale à son protégé. L’éromène, occupé au rôle passif, était destiné à intégrer progressivement les responsabilités de citoyen adulte.
Comme le note l’historienne Caroline Fourgeaud-Laville dans La Grèce antique (Perrin, 2025) : « La vie sociale et le statut qu’elle conférait aux individus avaient plus d’importance que de savoir si la relation amoureuse était ou non homosexuelle. » Les sources iconographiques confirment cette dissymétrie : l’éromène devait manifester une certaine indifférence au plaisir pour préserver l’ordre symbolique et social.

L’amour et la guerre : la cohésion par les liens affectifs
Le bataillon sacré de Thèbes, formé de 150 couples d’hommes, illustre l’autre dimension de ces pratiques : renforcer l’engagement militaire par des liens affectifs. Comme le soulignait Platon dans Le Banquet, des soldats unis par l’amour étaient plus vaillants et redoutaient de déshonorer leur partenaire, consolidant ainsi la discipline et la loyauté au combat.
Femmes et marginalité
Chez les femmes, les sources sont rares et la pratique marginale. Sappho de Mytilène reste l’exemple emblématique, donnant naissance au saphisme et au terme « lesbienne ». Toutefois, en dehors de ce cercle aristocratique et poétique, les traces de relations homosexuelles féminines sont anecdotiques et souvent évoquées avec humour ou critique dans les sources antiques.
Une sexualité encadrée par la société
L’historien Philippe Jockey résume parfaitement l’attitude grecque : « Pas tout le temps, pas n’importe quand, pas avec ni par n’importe qui et pas n’importe comment. » La sexualité masculine, loin d’être généralisée ou libre, était un outil d’éducation, de cohésion et de hiérarchie. L’important n’était pas l’orientation mais le rôle social et la trajectoire civique.
Ainsi, contrairement au mythe répandu, les Grecs n’étaient pas tous homosexuels. Leur sexualité répondait à des logiques de rôle, d’âge et de statut, avec des implications éducatives, militaires et sociales précises. Comprendre ces pratiques demande de dépasser les catégories contemporaines et d’appréhender la Grèce antique selon ses propres codes.
La Rédaction
Sources et références
.Le Corre, Joseph. « Les Grecs de l’Antiquité étaient-ils vraiment tous homosexuels ? » 2 janvier 2025.
.Fourgeaud-Laville, Caroline. La Grèce antique. Perrin, 2025.
.Platon. Le Banquet, traduction GF, 2010.
.Jockey, Philippe. Histoire des sexualités dans l’Antiquité grecque. CNRS Éditions, 2017.
.Davidson, James. The Greeks and Greek Love. Weidenfeld & Nicolson, 2007.
.Dover, Kenneth. Greek Homosexuality. Harvard University Press, 1978.

