Moderniser l’administration ne consiste pas uniquement à numériser les procédures ou à réviser les textes. Encore faut-il disposer de fonctionnaires capables d’appliquer les règles, d’identifier les irrégularités et de prévenir les dysfonctionnements. Au Togo, un nouveau programme de formation de plus de 2 200 cadres et agents publics place cette question des compétences au cœur de l’amélioration de la gestion de l’État.
Une administration peut disposer de mécanismes de contrôle élaborés sans parvenir à garantir leur efficacité. Entre les prescriptions réglementaires et leur application quotidienne, la qualité des ressources humaines reste déterminante. Cette réalité prend une importance particulière dans la gestion des finances publiques, où les erreurs de traitement, les insuffisances de suivi et les faiblesses du contrôle interne peuvent avoir des conséquences budgétaires durables.
C’est dans cette perspective que le Projet d’appui à la gouvernance et au développement du secteur privé (PAGDSP), rattaché au ministère des Finances et du Budget, a conclu une convention d’un an avec l’École nationale d’administration (ENA). Officiellement engagé le 5 octobre, le partenariat prévoit près de 40 sessions de formation entre octobre 2026 et septembre 2027.
Au total, 2 202 cadres et agents issus de 24 structures bénéficieront du dispositif, à Lomé comme dans les régions. Une quinzaine de sessions doivent se tenir avant la fin de l’année.
La masse salariale comme premier terrain de contrôle
Le choix du premier module illustre les priorités du programme. Consacré au contrôle de la solde et à la maîtrise de la masse salariale, il réunit 90 cadres de la Direction nationale du contrôle financier.
Les participants seront notamment formés à l’identification des anomalies dans les données salariales, à l’amélioration des mécanismes de contrôle interne et à la conception de tableaux de bord permettant un suivi plus rigoureux des dépenses de personnel.
L’enjeu dépasse la simple vérification comptable. Dans les finances publiques, la masse salariale constitue une dépense récurrente qui engage durablement les ressources budgétaires. Une information inexacte ou insuffisamment contrôlée peut affecter la qualité des prévisions, la régularité des paiements et la capacité de l’État à maîtriser ses charges.
Le renforcement des compétences vise ainsi à intervenir en amont des dysfonctionnements, plutôt qu’à limiter les contrôles à la constatation d’irrégularités déjà produites.
Une administration soumise à des exigences croissantes
Le programme concerne un ensemble d’institutions occupant des fonctions sensibles dans la gouvernance économique. L’Office togolais des recettes, la Cour des comptes, les inspections générales des finances et d’État, ainsi que l’Autorité de régulation de la commande publique figurent parmi les structures bénéficiaires.
S’y ajoutent notamment les dispositifs nationaux liés à la transparence des industries extractives et au traitement des informations financières. Des organisations de la société civile et l’Union des chambres régionales de métiers participeront également à certaines formations.
Cette diversité traduit une conception élargie de la gouvernance. La transparence budgétaire, la régulation des marchés publics, la mobilisation des recettes et la prévention des irrégularités reposent sur des institutions différentes, dont les interventions doivent néanmoins rester cohérentes.
La formation commune peut favoriser une meilleure compréhension des responsabilités de chacun. Elle ne saurait toutefois remplacer l’indépendance des organes de contrôle, la disponibilité des informations ou l’application effective des recommandations formulées.
Mesurer les résultats au-delà des formations
Financé par la Banque africaine de développement à hauteur de 9,22 milliards de FCFA, le PAGDSP poursuit des objectifs plus larges que ce seul partenariat avec l’ENA. Il vise notamment l’amélioration de la gestion des finances publiques, le renforcement de la transparence, la lutte contre la corruption et le développement d’un environnement plus favorable à l’investissement privé.
La réussite du programme de formation devra donc s’apprécier autrement qu’à travers le nombre de sessions organisées ou d’agents formés. L’enjeu sera de vérifier si les compétences acquises se traduisent par des procédures plus fiables, des contrôles plus efficaces et une réduction des erreurs administratives.
Pour le Togo, la professionnalisation de l’administration représente ainsi un investissement dans la qualité de la décision publique. Former les agents constitue une première étape ; transformer durablement les pratiques de gestion sera le véritable test de cette ambition.
La Rédaction
Sources : ministère des Finances et du Budget ; PAGDSP ; Banque africaine de développement.

