À l’issue d’un congrès consacré aux enjeux sanitaires et sociétaux du continent, le Togo a été désigné pour diriger, jusqu’en 2027, le Groupe Interafricain d’Étude, de Recherche et d’Application sur la Fertilité (GIERAF). Un retour symbolique pour ce pays, berceau de l’organisation fondée en 2009, dont le représentant, le Dr Kolani Jean Claude, succède au Malien Coulibaly Founzégué Amadou. Cette décision, entérinée lors du 9ᵉ congrès tenu du 20 au 22 février à Lomé, relance le débat sur l’urgence d’une réponse collective aux défis de la fertilité en Afrique subsaharienne, région où l’infertilité atteint des niveaux préoccupants.
Un enjeu de santé publique et de cohésion sociale
Si l’Afrique est souvent associée à une forte croissance démographique, l’infertilité demeure un sujet tabou, générateur de stigmatisation et de fractures sociales. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 30 % des couples en Afrique subsaharienne rencontrent des difficultés pour concevoir, un phénomène aggravé par des infections non traitées (IST, complications post-accouchement), des facteurs environnementaux et un accès limité aux soins spécialisés. Pourtant, moins de 5 % des centres médicaux du continent proposent des traitements adaptés, comme la procréation médicalement assistée (PMA), souvent réservée à une élite économique.
Le GIERAF, un acteur historique en quête de nouveaux leviers
Créé il y a seize ans à Lomé sous l’impulsion du Dr Moïse Fiadjoe, premier président de l’organisation (2009-2011), le GIERAF fédère aujourd’hui 15 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Sa mission : mutualiser les expertises, promouvoir la recherche épidémiologique et former des professionnels locaux. Parmi ses réalisations majeures figurent la mise en place de protocoles standardisés pour le diagnostic des troubles de la fertilité et l’intégration de modules de spécialisation dans les universités partenaires. Toutefois, les disparités régionales et le manque de financements freinent encore l’impact de ses actions.
Innovation et inclusion au cœur du 9ᵉ congrès
L’édition 2025 du congrès a marqué un tournant stratégique. Les débats ont mis en avant la nécessité d’intégrer les médecines traditionnelles dans les parcours de soins, sous réserve de validation scientifique, et de renforcer les partenariats public-privé pour réduire le coût des traitements de PMA. « L’infertilité n’est pas un luxe. Elle doit être abordée comme une priorité de santé publique, avec des solutions adaptées à nos réalités culturelles et économiques », a insisté le Dr Kolani. Sa feuille de route prévoit notamment la création d’un fonds continental d’aide aux traitements et le déploiement de cliniques mobiles dans les zones rurales.
Un soutien politique affirmé
En marge de l’événement, le Premier ministre togolais, Victoire Tomégah-Dogbé, a réaffirmé l’engagement de son gouvernement en faveur de la santé reproductive. Le Togo, qui a récemment instauré une prise en charge partielle des frais de PMA pour les couples à revenus modestes, illustre cette volonté de démocratiser l’accès aux soins. « Soutenir le GIERAF, c’est investir dans l’avenir de millions d’Africains. La fertilité est indissociable des questions de développement et de stabilité familiale », a-t-elle déclaré.
Vers un modèle africain de prise en charge ?
Avec ce nouveau mandat, le GIERAF ambitionne de devenir un laboratoire d’idées pour l’Afrique. Parmi les initiatives en préparation : une cartographie des causes locales d’infertilité, un renforcement des campagnes de prévention des IST et l’harmonisation des législations encadrant l’accès aux traitements. Un défi de taille, mais porté par l’espoir de briser un tabou encore trop ancré.
La Rédaction

