La stratégie de souveraineté alimentaire du Ghana s’accélère autour d’un axe inattendu mais révélateur : le développement de l’industrie des pâtes alimentaires. Derrière ce produit de consommation courante se dessine une politique plus large visant à réduire la dépendance du pays aux importations de denrées de base.
Le 5 mars, à Accra, le président John Dramani Mahama a présidé la mise en service d’une nouvelle usine de fabrication de pâtes. L’installation, portée par le groupe agroalimentaire singapourien Olam Agri, représente un investissement estimé à 40 millions de dollars et devrait générer environ 300 emplois directs.
Une industrialisation au service de la souveraineté alimentaire
Le Ghana importe une part importante de ses produits alimentaires, notamment le riz, le blé et les produits transformés. Cette dépendance structurelle expose l’économie nationale aux fluctuations des marchés internationaux et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Dans ce contexte, le gouvernement a engagé plusieurs initiatives visant à renforcer la production locale, en particulier dans les secteurs agricoles et agro-industriels. L’objectif affiché est de transformer davantage les matières premières sur le territoire national afin de créer de la valeur ajoutée et de stimuler l’emploi.
L’industrie des pâtes s’inscrit dans cette logique de substitution partielle aux importations, en développant une capacité de production locale sur un produit largement consommé dans les zones urbaines.
Un modèle porté par des investisseurs étrangers
Si la dynamique est présentée comme un pas vers la souveraineté alimentaire, elle repose en grande partie sur des investissements étrangers. L’usine inaugurée à Accra illustre cette réalité : le financement et l’expertise technique proviennent d’un acteur international majeur du secteur agroalimentaire.
Cette configuration met en lumière une tension structurelle fréquente dans les politiques d’industrialisation en Afrique de l’Ouest : la volonté de renforcer l’autonomie productive tout en s’appuyant sur des capitaux et des technologies extérieurs.
Entre création d’emplois et dépendance économique
Les autorités ghanéennes mettent en avant les effets attendus en matière d’emploi et de dynamisation du tissu industriel. La transformation locale des produits agricoles est également présentée comme un levier pour améliorer la résilience économique du pays.
Cependant, la question de la dépendance aux investisseurs étrangers reste centrale dans l’analyse de ce type de projets. Elle interroge la capacité du Ghana à construire une chaîne de valeur réellement autonome sur le long terme.
Une stratégie encore en consolidation
Au-delà de cette inauguration, la politique agricole et industrielle du gouvernement s’inscrit dans un ensemble plus large de programmes visant à soutenir l’élevage, l’agriculture et la transformation locale.
Cette orientation confirme une tendance régionale plus large : plusieurs États ouest-africains cherchent à réduire leur vulnérabilité alimentaire, tout en composant avec les réalités d’une économie mondialisée.
La Rédaction

