La Haye – L’Afrique du Sud a intensifié ce mardi sa campagne judiciaire contre Israël devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant l’État hébreu de commettre un génocide à Gaza, d’appliquer un régime d’apartheid et de bafouer délibérément le droit international humanitaire. S’appuyant sur des rapports de l’ONU et des déclarations officielles israéliennes, Pretoria a dénoncé une situation d’“exceptionnalité” permettant à Israël d’échapper à toute responsabilité.
Zane Dangor, directeur général du Département sud-africain des relations internationales et de la coopération, a ouvert la séance en évoquant Gaza comme un “champ de la mort”, soulignant l’effondrement de l’aide humanitaire et l’interdiction d’entrée de vivres, d’eau et de médicaments. Il a attribué cette situation à une volonté délibérée : « Cet effondrement est intentionnel », a-t-il affirmé, citant les propos du ministre israélien de la Défense Israel Katz, qui avait promis de ne laisser passer “aucune aide humanitaire”.
Un dossier de plus en plus dense
Cette intervention s’inscrit dans une procédure engagée en décembre 2023 par l’Afrique du Sud, sur la base de la Convention sur le génocide. Elle intervient également dans le cadre d’un avis consultatif demandé par l’Assemblée générale des Nations Unies sur les conséquences juridiques de l’occupation prolongée des territoires palestiniens.
Pretoria dénonce un triptyque historique : 75 ans d’apartheid, 56 ans d’occupation militaire et 16 ans de blocus à Gaza. La stratégie juridique sud-africaine s’appuie sur un faisceau d’éléments présentés comme preuves, allant des attaques contre les infrastructures civiles palestiniennes jusqu’aux tentatives de démantèlement de l’UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens.
« La communauté internationale ne peut accepter une réalité dans laquelle une population entière est affamée, bombardée et privée d’avenir », a déclaré Dangor. Il a dénoncé les fosses communes, les attaques contre les hôpitaux, les écoles et les humanitaires, ainsi que le refus d’accès pour les journalistes et enquêteurs internationaux.
Violation des obligations d’occupation
Prenant la suite, Nokukhanya Jele, conseillère spéciale du président Cyril Ramaphosa, a exposé les fondements juridiques de la plainte sud-africaine. Elle a rappelé qu’en tant que puissance occupante, Israël est tenu d’assurer la protection de la population civile palestinienne, ce qui, selon elle, est violé de manière systémique.
Elle a pointé l’annexion de facto de Jérusalem-Est, la répression des institutions palestiniennes, et les mesures israéliennes interdisant l’action de l’UNRWA, comme des tentatives d’imposer une souveraineté illégale sur des territoires occupés. Ces actes, selon Jele, visent à empêcher l’émergence d’un État palestinien viable, ce qui constitue une violation claire des Conventions de Genève.
Un moment décisif pour le droit international
Alors que les audiences se poursuivent jusqu’à vendredi, l’Afrique du Sud espère que la CIJ se prononcera en faveur d’un avis juridique condamnant l’occupation israélienne comme illégale. Si cet avis consultatif n’est pas contraignant, il pourrait peser lourd dans l’opinion publique mondiale et renforcer les pressions diplomatiques.
Au total, plus de 40 États, dont l’Algérie, la Palestine et des pays latino-américains, participent aux auditions. Tous dénoncent un système de domination violente et appellent à une application cohérente du droit international, quels que soient les acteurs concernés.
Alors que la famine menace et que les négociations de cessez-le-feu piétinent, Pretoria tente de redonner au droit international son rôle de rempart face à l’arbitraire.
La Rédaction

