Depuis le coup d’État d’août 2023 ayant renversé Ali Bongo, la France avance prudemment ses pions au Gabon. Emmanuel Macron n’a pas tardé à établir un canal direct avec le général Brice Clotaire Oligui Nguema, désormais président de la transition. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large : maintenir une influence en Afrique centrale tout en se détachant de l’image néocoloniale.
Dès les premières heures du nouveau pouvoir à Libreville, Paris a activé ses réseaux diplomatiques. Le président français a fait savoir qu’il « prenait acte » de la transition gabonaise, sans la condamner, mais sans l’approuver non plus. Une posture mesurée, révélatrice du pragmatisme désormais de mise à l’Élysée. Au fil des mois, le dialogue s’est consolidé, jusqu’à devenir une priorité discrète de la diplomatie française.
Le 3 mai 2025, la France sera représentée à l’investiture officielle d’Oligui Nguema. C’est Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe, qui fera le déplacement. Un choix symbolique : bien que peu familier des dossiers africains, Haddad est un proche de Macron. Sa présence traduit l’importance accordée à la relation bilatérale, dans un contexte où la France a vu son influence sérieusement écornée dans la région.
Le ton a donc changé. Fini le temps des discours moralisateurs. Aujourd’hui, Paris tente de « soigner » ses liens avec les nouveaux régimes africains, y compris ceux issus de transitions militaires. Car la realpolitik a repris le dessus. En s’affichant aux côtés d’Oligui Nguema, Emmanuel Macron entend éviter que le Gabon ne bascule vers d’autres puissances, notamment la Russie ou la Chine, déjà très actives en Afrique centrale.
Libreville, de son côté, ne cache pas son intérêt pour un partenariat renouvelé. Mais sans dépendance. Le général-président veut diversifier ses alliances, tout en s’assurant un soutien technique et financier dans la gestion de la transition. L’avenir des relations Gabon-France se jouera donc dans cet équilibre délicat entre continuité, respect mutuel et adaptation aux nouvelles dynamiques continentales.
La Rédaction

