Brice Oligui Nguema a remporté l’élection présidentielle gabonaise dès le premier tour avec plus de 90 % des voix. Un score officiellement triomphal qui, dans une démocratie en reconstruction, sonne pour beaucoup comme une dissonance. Derrière cette large victoire, les fractures du pays affleurent : une opposition méfiante, une société civile prudente et un pouvoir accusé de rejouer les mêmes partitions que l’ancien régime.
Un scrutin sans suspense, mais pas sans critiques
Depuis sa prise de pouvoir en août 2023 à la faveur d’un coup d’État mettant fin à 56 ans de règne de la famille Bongo, Brice Oligui Nguema s’était positionné comme l’artisan d’une transition salutaire. En promettant un retour à l’ordre constitutionnel et en s’entourant d’un discours réformateur, il avait réussi à susciter une attente réelle de changement. Mais l’annonce d’un score soviétique a fissuré cette image. Pour une partie de la population, comme pour plusieurs leaders de l’opposition, la méthode rappelle trop les temps anciens.
L’opposition dénonce un vernis démocratique
Les critiques n’ont pas tardé. Certains opposants dénoncent un scrutin verrouillé, organisé sous la tutelle d’un appareil d’État encore largement contrôlé par les militaires. Le Conseil électoral, la presse publique, les conditions de campagne : tout laisse à penser, selon eux, que la compétition électorale a été biaisée en faveur du président sortant. « On a changé le costume, mais le corps du pouvoir reste le même », fustige un cadre de l’opposition.
Un pouvoir qui cherche sa légitimité
Pour Brice Oligui Nguema, cette victoire écrasante est la confirmation d’un soutien populaire massif. Son équipe met en avant les efforts déployés pour moraliser la vie publique et renforcer les institutions. Il s’agirait, selon eux, d’un mandat clair pour poursuivre les réformes entreprises depuis la transition. Mais cette version peine à convaincre ceux qui voient dans ce score un besoin de s’imposer par la force des chiffres, plus que par la transparence du processus.
L’ombre persistante du système Bongo
Le paradoxe est lourd : renverser une dynastie pour mieux en reproduire les mécanismes ? Alors que de nombreux Gabonais espéraient une véritable respiration démocratique, ils constatent que les réflexes du régime précédent — culte du chef, concentration des pouvoirs, absence de contre-pouvoirs — semblent encore très présents. La rupture promise apparaît floue, et l’enjeu des prochains mois sera de savoir si cette élection était une simple parenthèse ou le début d’un pouvoir reconduit sans contestation réelle.
La Rédaction

