LOMÉ, 5 juin 2026 – L’Office togolais des recettes (OTR) se projette vers de nouveaux sommets de performance. Pour l’exercice 2026, le fisc togolais s’est assigné un objectif de mobilisation de 1 338,9 milliards de francs CFA (environ 2,2 milliards de dollars), marquant une progression de 10,8 % par rapport aux projections initiales de 2025. Si cette trajectoire confirme l’élan de consolidation des finances publiques exigé par les partenaires multilatéraux, elle remet en lumière une équation structurelle non résolue : la fragilité du pacte de confiance entre l’administration fiscale et le tissu économique national.
L’impératif des recettes internes face au couperet de l’UEMOA
Derrière l’affichage de ces objectifs quantitatifs se cache une double contrainte, à la fois statistique et souveraine. En 2025, la pression fiscale du Togo stagnait à 13,1 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Un ratio qui, bien qu’en progression constante, demeure nettement en deçà de la norme communautaire de 20 % édictée par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Pour combler cet écart et financer sa feuille de route gouvernementale, l’État n’a d’autre choix que d’accentuer sa dépendance vis-à-vis des ressources endogènes. En 2026, les prélèvements de l’OTR devront ainsi abonder plus de 82 % des recettes budgétaires globales du pays. Cette forte concentration fait peser une responsabilité immense sur les épaules des contribuables formalisés, et ravive le débat de fond sur l’équité fiscale et la perception du retour sur investissement public (infrastructures, services sociaux, redistribution).
L’Afterwork d’Onomo : le thermomètre d’un dialogue public à reconstruire
C’est précisément cette tension sous-jacente qui animera le débat public attendu ce vendredi 5 juin à Lomé. Organisé par le think tank et réseau de réflexion d’Edem d’Almeida, en partenariat de transparence avec l’OTR, cet Afterwork posera une question sans fard à l’hôtel Onomo : « L’impôt, devoir citoyen, contribution volontaire ou désillusion collective ? »
Ce rendez-vous fait figure de test pour l’administration. En avril 2026, une précédente édition sous le même format avait mis en exergue des lignes de fracture évidentes. Marqué par le boycott ou l’absence de représentants du secteur privé au sein des panels, l’événement avait matérialisé le dialogue de sourds persistant entre les créateurs de richesse et le régulateur.
L’effet Yawa Tségan : la diplomatie fiscale à l’épreuve des faits
Pour désamorcer cette défiance, l’exécutif mise sur un changement de doctrine managériale. La nomination en octobre 2025 de Yawa Djigbodi Tségan à la présidence de l’OTR, en remplacement de Philippe Kokou Tchodié, a marqué le début d’une nouvelle séquence politique. Inspectrice des impôts de formation mais surtout ancienne présidente de l’Assemblée nationale, la nouvelle figure de proue de l’administration déploie des compétences de médiation politique là où son prédécesseur gérait une transition purement technique.
Dès décembre, de concert avec le ministre de l’Économie et des Finances, Georges Barcola, Yawa Tségan a initié des consultations directes avec le Conseil national du patronat (CNP) et l’Association des grandes entreprises du Togo (AGET). L’enjeu : pérenniser les réformes musclées héritées de 2025 — à l’instar de la taxation accrue du secteur des télécommunications et du durcissement des contrôles — tout en offrant des garanties de prévisibilité juridique aux investisseurs.
« Le consentement à l’impôt est la matière première du financement public. Quand il s’effrite, aucune réforme administrative, aussi digitalisée soit-elle, ne peut le compenser. »
— Edem d’Almeida
La soutenabilité du modèle en question
Le cas d’école togolais illustre un paradoxe partagé par plusieurs économies de la sous-région : l’efficacité d’une administration fiscale ne se mesure pas uniquement à la performance de ses algorithmes de recouvrement, mais à la légitimité démocratique de l’impôt.
Alors que Lomé peaufine déjà son cadrage budgétaire à moyen terme pour la période 2027-2029, la capacité du gouvernement à élargir l’assiette fiscale (notamment en captant le secteur informel) plutôt qu’à surtaxer le secteur formel existant sera le véritable indicateur de sa viabilité économique. Sans un apaisement durable des relations avec le secteur privé, la pression budgétaire risque de se transformer en un frein à la croissance.
La Rédaction

