Obtenir quelques centaines de milliers de francs CFA peut permettre d’acheter du stock, du matériel ou de relancer une petite activité. Mais lorsque la même caisse sert simultanément au commerce, aux dépenses alimentaires, à la scolarité ou aux urgences familiales, il devient difficile de savoir si l’activité gagne réellement de l’argent. Au Togo, le FNFI s’attaque désormais davantage à cet après-crédit, là où se joue une partie de la pérennité des microentreprises.
Depuis plusieurs semaines, le Fonds national de la finance inclusive mène une campagne d’éducation financière à travers différentes préfectures. Après Mô, Akébou, Kpélé, Agou ou encore Guérin-Kouka, près de 150 bénéficiaires venus des différents cantons de Tchamba ont participé mardi 22 septembre à une nouvelle session.
Les enseignements portent sur l’épargne, le suivi des recettes et des dépenses, le réinvestissement et l’utilisation du crédit. Mais l’un des apprentissages les plus élémentaires est aussi l’un des plus structurants : séparer progressivement les ressources de l’activité de celles du ménage.
Du financement à la gestion
Cette distinction permet à un petit entrepreneur de savoir ce que son activité produit réellement. Sans elle, une hausse des ventes peut donner l’impression d’une amélioration alors que le fonds de roulement diminue. À l’inverse, tenir compte des dépenses, préserver une partie des recettes et constituer une épargne permettent de mieux décider quand acheter du stock, investir ou rembourser.
La campagne actuelle marque ainsi une évolution dans la manière d’aborder l’inclusion financière. Pendant longtemps, son indicateur le plus visible a été l’accès : permettre à des populations éloignées du système bancaire traditionnel d’obtenir un financement. L’enjeu suivant consiste à s’assurer que cet argent améliore effectivement la capacité économique du bénéficiaire.
Le FNFI a désormais atteint une échelle importante. Plus de 120,24 milliards de FCFA de crédits ont été accordés à travers les institutions de microfinance partenaires, pour environ 1,9 million de bénéficiaires, avec un taux de remboursement annoncé de 95,46 %. (République Togolaise – Togo Officiel) À cette dimension, la qualité de l’utilisation du crédit devient presque aussi importante que sa distribution.
Un bon remboursement ne raconte pas toute l’histoire
Le taux de remboursement constitue un indicateur essentiel pour la viabilité d’un mécanisme de crédit. Mais il ne permet pas, à lui seul, de savoir si l’activité financée s’est développée, si les revenus du bénéficiaire ont progressé ou si l’entreprise est devenue suffisamment solide pour accéder ensuite à des financements plus importants.
Cette question est désormais intégrée dans l’architecture même du FNFI. Certains produits prévoient une progression vers des montants plus élevés. N’Kodédé, par exemple, s’adresse aux bénéficiaires arrivés au terme de certains cycles et peut financer fonds de roulement et petits investissements jusqu’à 5 millions de FCFA, avec l’objectif de faciliter leur passage de la microfinance vers le système bancaire. (FNFI)
Pour atteindre cette étape, savoir gérer devient déterminant. Le crédit n’est plus seulement une somme à rembourser : il doit devenir un capital capable de produire suffisamment pour financer le cycle suivant de l’activité.
La deuxième frontière de l’inclusion financière
Cette orientation dépasse le seul FNFI. Dans l’UEMOA, la nouvelle stratégie régionale d’inclusion financière 2025-2030 intervient après une forte progression de l’accès aux services financiers : la BCEAO indique que le taux d’inclusion financière dans l’Union est passé de 47 % en 2016 à 72,3 % fin 2023. (BCEAO) À mesure que l’accès progresse, la question de l’usage des services financiers prend donc davantage de poids.
La campagne menée actuellement dans les préfectures togolaises traduit ce déplacement à l’échelle des bénéficiaires. Il ne s’agit plus seulement de rapprocher le crédit de populations qui en étaient exclues, mais de donner à celles qui l’obtiennent les moyens de mieux le transformer en activité durable.
Après plus de 120 milliards de FCFA distribués, le prochain progrès de la finance inclusive se mesurera ainsi moins à la seule quantité de crédit accordée qu’à ce qu’il reste dans l’activité une fois le prêt remboursé : une entreprise plus solide, une capacité d’épargne et, idéalement, moins de dépendance au prochain microcrédit.
La Rédaction

