Dans la région Somali, au sud-est de l’Éthiopie, la sécheresse ne décime plus seulement les troupeaux : elle transforme progressivement les modes de vie. Confrontées à la raréfaction de l’eau et des pâturages, certaines communautés traditionnellement nomades se tournent vers l’agriculture et l’agro-pastoralisme pour tenter de préserver leurs moyens de subsistance.
Pendant des générations, l’élevage pastoral a reposé sur un principe essentiel : la mobilité. Les familles se déplaçaient avec leurs troupeaux au gré des saisons, à la recherche d’eau et de pâturages. Mais cet équilibre devient de plus en plus difficile à maintenir dans certaines parties de la région Somali.
Les épisodes de sécheresse répétés, associés à la dégradation des terres, fragilisent les ressources dont dépend directement le bétail. La FAO considère d’ailleurs les régions Somali et Oromia parmi les zones éthiopiennes particulièrement exposées aux pertes agricoles et animales provoquées par les événements climatiques extrêmes.
Quand l’élevage ne suffit plus
Face à cette pression, une partie des éleveurs cherche désormais une autre voie. Il ne s’agit pas nécessairement d’abandonner totalement les animaux, mais plutôt de diversifier les sources de revenus et de nourriture. L’élevage est ainsi progressivement associé à la culture de céréales, de légumes ou de fourrages lorsque l’accès à l’eau le permet.
Cette évolution vers l’agro-pastoralisme bouleverse un modèle économique mais aussi social. Elle implique davantage de sédentarité, une autre utilisation des terres et de nouvelles compétences agricoles. Derrière l’adaptation climatique se dessine ainsi une transformation plus profonde des communautés pastorales.
Le phénomène n’est pas totalement nouveau. Depuis plusieurs années, les organisations internationales interviennent dans la région Somali auprès de populations combinant déjà élevage et agriculture. Mais la succession des sécheresses accélère aujourd’hui cette recherche de solutions alternatives.
L’irrigation comme nouvelle ligne de défense
La transition reste toutefois fortement dépendante de l’accès à l’eau. Cultiver dans un territoire soumis à des sécheresses récurrentes ne constitue pas, en soi, une garantie contre les effets du changement climatique.
C’est pourquoi les stratégies d’adaptation se tournent également vers l’irrigation. En avril 2026, le Programme alimentaire mondial (PAM), avec les autorités éthiopiennes et des partenaires allemands, a inauguré dans la région Somali un système d’irrigation alimenté par l’énergie solaire destiné à permettre une production agricole tout au long de l’année et à renforcer la résistance des communautés aux chocs climatiques.
L’enjeu dépasse donc le simple passage de l’élevage à l’agriculture. Il consiste à construire un modèle capable de conjuguer élevage, cultures, gestion de l’eau et restauration des terres dans un environnement devenu plus incertain.
Dans la région Somali, la sécheresse est ainsi en train de redessiner bien davantage que le paysage. Elle modifie progressivement la manière de travailler, de produire et parfois même d’habiter le territoire. Pour des communautés longtemps organisées autour du déplacement des troupeaux, se réinventer devient désormais une condition de survie.
La Rédaction
Source: (Programme Alimentaire Mondial) –
(FAOHome)

