Depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie est devenue l’un des plus grands pays enclavés au monde. Privée d’accès direct à la mer, elle dépend à plus de 90 % du port de Djibouti pour ses importations et exportations. Aujourd’hui, le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed remet la question au centre de l’agenda politique et géostratégique.
Un pays enclavé depuis 1993
Jusqu’au début des années 1990, l’Éthiopie utilisait les ports de Massawa et Assab, situés sur la côte érythréenne. Mais l’indépendance de l’Érythrée a coupé ce lien vital. Depuis, Addis-Abeba s’appuie principalement sur Djibouti, avec lequel elle entretient des relations commerciales étroites. Cette dépendance logistique, combinée à la croissance démographique rapide (plus de 120 millions d’habitants), alimente la volonté de retrouver un accès souverain à la mer Rouge ou à l’océan Indien.
Un « droit naturel et historique » revendiqué
Le Parti de la prospérité (PP), au pouvoir, affirme que l’Éthiopie a porté cette revendication au niveau international. Dans un communiqué récent, il parle d’un « droit naturel et historique » et d’une « question de survie ». Pour Abiy Ahmed, la légitimité morale de cette quête s’inscrit dans la nécessité d’assurer la sécurité économique et stratégique du pays.
Réactions régionales : inquiétude et tensions
Les propos d’Addis-Abeba suscitent une forte inquiétude en Érythrée. Le président Isaias Afwerki a qualifié ces déclarations de provocatrices, accusant l’Éthiopie de révisionnisme territorial. Cette méfiance est d’autant plus marquée que, malgré la paix signée en 2018, les relations bilatérales restent fragiles. D’autres voisins, comme Djibouti et la Somalie, observent également la situation avec prudence, craignant des revendications similaires.
Un enjeu stratégique dans la Corne de l’Afrique
L’accès à la mer Rouge n’est pas qu’un dossier éthiopien. Cette voie maritime est l’une des plus stratégiques au monde, reliant l’océan Indien à la Méditerranée via le canal de Suez. Contrôler ou sécuriser un port sur cet axe renforcerait considérablement le poids géopolitique d’Addis-Abeba, mais risquerait aussi de raviver des tensions militaires dans une région déjà instable.
Entre ambitions maritimes et défis internes
Parallèlement à cette offensive diplomatique, le gouvernement éthiopien fait face à des défis internes, notamment dans la région de l’Amhara. Le PP affirme vouloir soutenir les groupes armés optant pour une voie pacifique, tout en intensifiant la répression contre ceux jugés menaçants pour la sécurité nationale.
Cette double dynamique — ambitions extérieures et tensions internes — pourrait définir la trajectoire politique de l’Éthiopie dans les prochaines années.
La Rédaction

