Qu’est-ce que la tokenisation ?
La tokenisation est un procédé numérique qui consiste à transformer un actif réel — comme un terrain, une œuvre d’art ou une ressource naturelle — en un jeton (token) numérique inscrit sur une blockchain. Ce jeton représente un droit ou une propriété sur l’actif en question, et peut être acheté, vendu ou échangé comme n’importe quelle cryptomonnaie. Ce mécanisme, encore largement expérimental dans de nombreux pays, est présenté par ses partisans comme un moyen d’attirer des capitaux, de faciliter les transactions et d’élargir l’accès à des actifs jusque-là difficiles à acquérir.
Bangui — Trois ans après l’échec retentissant du Sango Coin et quelques mois seulement après le lancement anecdotique d’un meme coin baptisé CARmemecoin, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra tente une nouvelle approche pour attirer les investisseurs : la tokenisation des terres. Depuis samedi 21 juin, la Centrafrique propose à des acheteurs étrangers et locaux d’acquérir des parcelles de terrain près de Bossongo, à l’ouest de Bangui, via un investissement direct dans la cryptomonnaie nationale.
99 ans de concession pour 250 dollars
Le principe est simple : en échange de 250 dollars, l’investisseur reçoit un droit d’usage pour 99 ans sur une parcelle de 3 000 m². Le terrain se trouve à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, dans une zone présentée comme fertile et prometteuse. Sur le compte officiel du CARmemecoin, les suggestions d’utilisation vont du tourisme rural à l’agriculture (plantation d’ananas ou de palmiers à huile), en passant par la spéculation foncière.
Dans une série de messages postés principalement en anglais sur X (anciennement Twitter), le président Touadéra défend son initiative comme un moyen novateur de « valoriser les ressources nationales », « attirer les capitaux étrangers » et « financer les services publics ».
Une cryptomonnaie qui peine à convaincre
Mais le scepticisme est palpable. Depuis sa création, le CARmemecoin n’a jamais su démontrer une réelle utilité, ni établir une base solide d’utilisateurs. Lancée comme un meme coin, sans fonctionnalité particulière, sa valeur a rapidement chuté : de 0,80 dollar lors d’un pic en février, le jeton est tombé à 0,04 dollar aujourd’hui, avec une capitalisation totale estimée à 40 millions de dollars.
L’économiste Quentin Demé, coauteur de Cent mots pour comprendre les cryptomonnaies, note les nombreuses zones d’ombre entourant cette opération : « Il n’y a pas de cadre juridique clair, ni de transparence sur les droits effectifs associés à ces tokens fonciers. » Il souligne que de telles initiatives pourraient se faire sur des blockchains reconnues comme Ethereum ou Bitcoin, au lieu de reposer sur un actif aussi instable.
Et après les terres, les mines ?
Le président centrafricain ne cache pas son ambition d’étendre cette logique de tokenisation à d’autres ressources nationales, notamment minières. Cette phase serait cependant conditionnée au « succès » du projet-pilote de Bossongo. Une perspective qui pourrait raviver les débats sur la souveraineté économique, l’opacité contractuelle et la réalité des retombées locales dans l’un des pays les plus pauvres du monde.
Pour l’heure, malgré les communiqués enthousiastes et une vitrine numérique bien rodée, la Centrafrique semble toujours en quête d’une formule crédible pour marier blockchain et développement durable.
La Rédaction

