Le Commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM) joue sa survie dans les couloirs du Capitole. Alors que l’administration Trump privilégie une redéfinition stratégique axée sur l’Indopacifique et la rivalité sino-américaine, l’existence même de l’AFRICOM est remise en question. Une fusion avec le Commandement européen (EUCOM) est envisagée, alimentant les tensions entre partisans du maintien et partisans du changement.
Un commandement militaire menacé
Créé en 2007 sous l’administration Bush, l’AFRICOM a été conçu pour coordonner les opérations militaires américaines sur le continent africain, notamment dans la lutte contre le terrorisme. Mais à l’heure où les priorités stratégiques évoluent, certains au sein de l’administration Trump remettent en cause son utilité. Une fusion avec l’EUCOM, basé en Allemagne, permettrait de réduire les coûts et de recentrer les forces américaines sur la compétition avec la Chine.
Toutefois, cette perspective inquiète aussi bien les républicains que les démocrates. Les présidents des commissions des forces armées du Congrès, Mike Rogers et Roger Wicker, ont fermement rejeté toute modification précipitée de la structure militaire. Pour eux, toucher à l’AFRICOM pourrait affaiblir la posture de dissuasion américaine et compromettre les relations stratégiques des États-Unis en Afrique.
Entre enjeux sécuritaires et rivalités mondiales
L’audition du général Michael Langley devant la commission sénatoriale des forces armées sera déterminante. Outre la question de la survie de l’AFRICOM, elle mettra en lumière les menaces sécuritaires croissantes sur le continent. La montée en puissance de la Chine, qui renforce sa présence militaire à Djibouti et en Guinée équatoriale, figure parmi les préoccupations majeures.
Par ailleurs, la Russie, via le groupe Wagner, étend son influence en soutenant les régimes putschistes du Sahel et les factions belligérantes au Soudan. L’Iran, de son côté, renforce ses réseaux, notamment à travers le Hezbollah. Ces dynamiques rendent le rôle de l’AFRICOM plus stratégique que jamais, malgré les doutes qui planent sur son avenir.
Un signal négatif pour l’Afrique ?
La suppression de l’AFRICOM serait perçue comme un désengagement des États-Unis vis-à-vis du continent, alors même que d’autres puissances y consolident leur présence. La sénatrice démocrate Jeanne Shaheen alerte sur les conséquences d’un tel choix : « En supprimant l’AFRICOM, nous envoyons un message clair : l’Afrique ne compte pas. Cela ouvre un boulevard à la Chine. »
Avec la réduction massive des programmes de l’USAID et l’évolution des priorités militaires américaines, les semaines à venir seront décisives pour l’avenir de l’AFRICOM. La question n’est plus seulement militaire : elle est aussi géopolitique et symbolique. L’Amérique est-elle prête à tourner la page de son engagement militaire en Afrique ?
La Rédaction

