Un pays sous un joug implacable
Depuis 1993, Isaias Afwerki dirige l’Érythrée d’une main de fer. Son régime, basé sur un parti unique, interdit toute opposition et impose un service militaire souvent à vie, assimilé par l’ONU à de l’esclavage moderne. Les citoyens vivent sous une surveillance constante, et ceux qui tentent de fuir risquent arrestation, torture ou disparition.
L’Érythrée est régulièrement classée parmi les pays les plus répressifs du monde. En 2024, elle occupait la dernière place en matière de liberté de la presse et l’un des pires rangs en développement humain. Les prisons du régime sont des lieux de détention arbitraire où sévissent des conditions inhumaines et des actes de torture.
L’horreur des prisons érythréennes
Goitom Abreha en a fait l’amère expérience. Arrêté en raison de sa foi, ce père de cinq enfants est incarcéré au secret. « Le travail forcé sous une chaleur écrasante était quotidien », raconte-t-il. Après sa libération, il ne songe qu’à quitter le pays. En 2018, grâce à l’ouverture des frontières après l’accord de paix avec l’Éthiopie, il s’exile avec sa famille à Addis-Abeba.
Daniel Hagos, chrétien évangélique, a également subi la répression. Il se souvient précisément du jour de son arrestation : le 19 juin 2014. « Nous avons été enfermés dans une cellule souterraine infestée de rats et de serpents », décrit-il. Privé de nourriture et battu avec des câbles de cuivre, il survit de justesse après quatre ans de détention. Aujourd’hui, sa jambe gauche est paralysée. « J’ai eu de la chance, d’autres sont morts. »
Tortures et violences systématiques
Ephrem Minassie, lui, a connu plusieurs séjours en prison pour avoir tenté d’échapper au service militaire. Il se souvient de sa première incarcération en 2001, après avoir critiqué la guerre auprès d’autres soldats. Enfermé pendant deux mois, il survit avec pour seule nourriture un morceau de pain et du thé trois fois par jour.
Lorsqu’il est de nouveau arrêté en 2006, les tortures commencent. « Nous étions frappés à coups de matraques électriques, surtout dans le dos », témoigne-t-il. Les femmes détenues subissaient régulièrement des violences sexuelles.
Fuyant au Soudan, il est capturé par les autorités soudanaises, puis renvoyé en Érythrée. Il passe six ans dans différents centres de détention où il endure des passages à tabac quotidiens. « Ils me mettaient une éponge dans la bouche pour étouffer mes cris », se rappelle-t-il. Aujourd’hui réfugié à Addis-Abeba, il peine encore à croire qu’il a survécu.
Un avenir sombre
Le pays reste un immense camp à ciel ouvert, où toute tentative de dissidence est sévèrement réprimée. Selon un expert de l’ONU, certains prisonniers sont enfermés dans des conteneurs métalliques en plein désert, soumis à des températures extrêmes.
Face à cette répression implacable, rares sont ceux qui espèrent un changement. « Un jour, quand les droits seront respectés, je rentrerai », confie Goitom Abreha. Puis il conclut, lucide : « Mais ce n’est pas pour tout de suite. »
La Rédaction

