Une morsure de serpent ne dure que quelques secondes. Pourtant, ce qui se passe immédiatement après peut peser lourdement sur l’issue : poser un garrot, inciser la plaie, tenter d’aspirer le venin ou retarder le départ vers un centre de santé peut aggraver la situation. Au Togo, où près de 3 000 morsures sont enregistrées chaque année, la lutte contre les envenimations commence donc bien avant l’administration du sérum antivenimeux.
Entre 2020 et 2025, le pays a recensé 17 942 morsures et 268 décès. Sur la même période, 27 366 sérums antivenimeux ont été administrés. Ces données, présentées mercredi 23 septembre à Lomé à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux morsures de serpents, montrent l’ampleur d’un problème particulièrement présent dans les zones rurales et agricoles.
Mais compter les décès ne suffit pas à mesurer ses conséquences. Une envenimation sévère peut provoquer des lésions importantes, des troubles de la coagulation, une paralysie ou une atteinte rénale. Chez certains survivants, elle laisse des séquelles durables pouvant aller jusqu’à l’amputation. C’est cette dimension souvent moins visible que met en avant l’édition 2026 de la journée internationale, consacrée aux incapacités provoquées par les envenimations.
Les mauvais gestes peuvent coûter cher
Après une morsure, le premier enjeu est de ne pas perdre de temps en cherchant à neutraliser soi-même le venin. Le coordonnateur du Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées, Gnossiké Piham, recommande d’immobiliser le membre atteint, de garder la victime aussi calme que possible et de rejoindre rapidement la formation sanitaire la plus proche.
À l’inverse, le garrot est déconseillé : en comprimant fortement le membre, il peut aggraver les dommages tissulaires. Inciser la plaie ou tenter d’aspirer le venin n’apporte pas davantage de bénéfice démontré. Le recours à des traitements non éprouvés devient lui aussi dangereux lorsqu’il retarde la prise en charge médicale.
Même le serpent ne doit pas devenir une distraction. Retenir son apparence peut être utile si cela peut se faire sans danger, mais chercher à le capturer ou à le tuer fait perdre un temps qui peut devenir précieux.
Le sérum doit être disponible au bon endroit
Le Togo a réduit une partie de la barrière financière en subventionnant le sérum antivenimeux. Son prix est ramené à 15 000 FCFA, contre 45 000 FCFA hors subvention. L’accès au traitement ne se résume toutefois pas à son coût.
Dans les localités éloignées, il faut encore pouvoir rejoindre rapidement une structure disposant du sérum et de professionnels formés à la prise en charge. Les autorités identifient ainsi parmi les priorités la disponibilité des antivenimeux, la formation du personnel des centres périphériques et une meilleure sensibilisation des communautés.
Cette géographie du soin est déterminante puisque les personnes travaillant dans les champs figurent parmi les plus exposées. La prévention passe notamment par le port de bottes et de vêtements couvrants dans les zones à risque, particulièrement pendant les travaux agricoles et la saison des pluies.
Survivre sans perdre son autonomie
L’accent placé cette année sur les incapacités change aussi la manière de regarder les statistiques. Derrière une victime qui survit peut se cacher une personne qui ne retrouve pas complètement sa mobilité ou sa capacité de travailler. Pour un agriculteur, un artisan ou un ménage vivant d’activités physiques, les conséquences deviennent alors sanitaires, sociales et économiques.
Les quelque 3 000 morsures enregistrées chaque année au Togo révèlent ainsi une chaîne de vulnérabilités qui ne commence pas à l’hôpital. Entre la morsure et le sérum se trouvent les premiers réflexes, la distance, le transport et le temps. C’est aussi dans cet intervalle que peuvent se jouer une vie, un membre ou des années de handicap.
La Rédaction

