Un recul des doctorants à l’échelle mondiale
Dans de nombreux pays, les inscriptions en doctorat connaissent un déclin préoccupant. Cette tendance s’explique en grande partie par l’augmentation du coût de la vie, des allocations insuffisantes et des perspectives professionnelles incertaines qui freinent les vocations académiques. En Australie, les inscriptions nationales en doctorat ont chuté de 8 % entre 2018 et 2023, tandis qu’au Japon, elles ont diminué de plus de 3 000 entre 2003 et 2023.
L’Afrique face à des défis structurels
Contrairement aux tendances observées dans les pays développés, les inscriptions en doctorat en Afrique ne connaissent pas une baisse généralisée. Dans plusieurs pays, elles sont même en hausse grâce à une forte demande pour l’enseignement supérieur. Cependant, les doctorants africains font face à des obstacles majeurs. Le financement est souvent insuffisant : peu de bourses sont disponibles, et les allocations, lorsqu’elles existent, sont trop faibles pour couvrir le coût de la vie, obligeant les étudiants à cumuler plusieurs activités professionnelles. Le manque d’encadrement constitue un autre problème. La pénurie de professeurs qualifiés et la faiblesse des infrastructures de recherche ralentissent les travaux doctoraux et réduisent leur qualité. Par ailleurs, l’obtention d’un doctorat ne garantit pas un emploi stable, ni dans le monde académique, où les postes sont rares, ni dans le secteur privé, qui valorise encore peu ces profils. Face à ces difficultés, de nombreux doctorants africains choisissent de poursuivre leurs études ou leur carrière à l’étranger, aggravant le phénomène de fuite des cerveaux.
Une pression financière qui pèse sur les doctorants
Les allocations des doctorants stagnent et ne suivent pas l’inflation, plongeant de nombreux étudiants dans la précarité. Beaucoup vivent sous le seuil de pauvreté et doivent contracter des dettes pour financer leurs études. Cette pression économique impacte leur bien-être mental et leur capacité à se concentrer sur leur recherche. Selon plusieurs études, 43 % des doctorants en psychologie déclarent être fortement stressés par leur endettement. Plus de 80 % des doctorants contractent des dettes supplémentaires au cours de leurs études, et le stress financier est associé à une hausse des cas de dépression, d’anxiété et de troubles du sommeil. Par ailleurs, 34,2 % des étudiants évitent les consultations médicales et 41,4 % renoncent aux soins en santé mentale pour des raisons budgétaires. Certaines universités tentent de pallier cette crise en augmentant les allocations, mais ces mesures entraînent souvent une réduction du nombre de places disponibles.
Une diversification des profils étudiants
Si les inscriptions en doctorat diminuent dans certains pays, elles connaissent une diversification croissante. Aux États-Unis, entre 2021 et 2022, les inscriptions à temps partiel ont progressé de 2,7 %, alors que celles à temps plein sont restées stables. Dans le même temps, les doctorants hispaniques ou latinos ont augmenté de 2,9 %, les doctorants noirs ou afro-américains de 3,5 % et les doctorants asiatiques de 4,7 %, tandis que les doctorants blancs ont diminué de 2,3 %. Depuis 2019, le nombre d’étudiants issus de minorités sous-représentées a bondi de 89 %, représentant aujourd’hui 22 % de l’ensemble des doctorants et 25 % des étudiants en STEM. De plus, les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes dans les sciences, l’ingénierie et la santé, avec une progression de 11,1 % contre 2,4 % pour les hommes entre 2017 et 2019.
Le repli des étudiants internationaux en STEM
Les programmes STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) aux États-Unis ont vu une diminution significative des inscriptions d’étudiants internationaux ces dernières années. En 2019, les tensions géopolitiques et les restrictions de visas ont conduit à une baisse marquée, notamment parmi les étudiants chinois, qui constituent une part importante des effectifs internationaux. En 2020, la pandémie a aggravé cette situation, entraînant une chute de 43 % des nouvelles inscriptions d’étudiants internationaux. Certains domaines, comme l’informatique, ont été particulièrement touchés : en 2019, 72 % des étudiants en cycle supérieur en informatique étaient internationaux, mais leur nombre a fortement décliné depuis.
Quelles conséquences pour l’avenir de la recherche ?
Le recul des inscriptions en doctorat pose des défis majeurs pour l’enseignement supérieur et l’innovation, en Afrique comme ailleurs. La diminution de la production scientifique pourrait affaiblir les universités, nuisant à l’innovation et à la compétitivité économique. Avec moins de doctorants, le renouvellement du corps professoral pourrait devenir problématique. Les obstacles financiers pourraient aussi limiter l’accès aux études avancées pour les étudiants issus de milieux défavorisés, impactant la diversité dans le monde académique. Enfin, les industries technologiques et scientifiques risquent de manquer de personnel hautement qualifié, ce qui pourrait ralentir le progrès dans des domaines clés.
Des solutions à envisager
Pour éviter une crise prolongée, plusieurs pistes peuvent être explorées. Il est essentiel d’augmenter les financements publics et privés pour soutenir les doctorants et améliorer les infrastructures de recherche, notamment en Afrique. Le renforcement des partenariats internationaux permettrait d’offrir plus de co-tutelles, d’échanges académiques et de programmes de mobilité. Enfin, il est urgent de créer des passerelles avec le secteur privé afin d’élargir les débouchés professionnels des titulaires d’un doctorat. Si rien n’est fait, la baisse des inscriptions en doctorat et les obstacles rencontrés par les étudiants risquent de compromettre l’avenir de la recherche et de l’innovation, mettant en péril le progrès scientifique mondial.
La Rédaction

