Le 28 juillet 1986, Suzy Lamplugh quitte son agence immobilière de Fulham, à Londres, pour faire visiter un appartement à un client inscrit dans son agenda sous le nom de « Mr Kipper ». La jeune femme de 25 ans ne reviendra jamais. Son corps n’a jamais été retrouvé et aucun homme n’a été jugé pour sa disparition. Quarante ans plus tard, la police britannique travaille encore sur une question qui aurait peut-être pu être résolue dès les premiers mois : qui était réellement « Monsieur Kipper » ?
Un rendez-vous inscrit dans un agenda
Ce lundi-là, Suzy travaille normalement dans son agence. Son agenda professionnel mentionne un rendez-vous à 12 h 45 au 37 Shorrolds Road, avec un certain « Mr Kipper ». Elle quitte son bureau avec les clés du logement à visiter. Après ce départ, sa trace se perd. Sa voiture est retrouvée dans le secteur, mais aucun élément ne permet de déterminer avec certitude ce qui s’est produit après le rendez-vous.
La disparition déclenche une enquête considérable. Le nom laissé dans l’agenda devient naturellement central : était-il véritable, mal compris, ou inventé pour attirer l’agente immobilière dans un piège ? Faute de corps, de scène de crime clairement identifiée et de preuve scientifique décisive, l’enquête se construit essentiellement autour des témoignages et des personnes susceptibles de correspondre au mystérieux client.
Un suspect apparaît progressivement
Un nom finit par s’imposer : John Cannan, criminel britannique condamné pour le meurtre de Shirley Banks ainsi que pour d’autres violences sexuelles. Il avait été libéré d’un établissement pénitentiaire quelques jours avant la disparition de Suzy et ressemblait au portrait-robot établi à partir des descriptions d’un homme aperçu dans le secteur. Plus troublant encore, Cannan avait été surnommé « Kipper » en prison.
Ces rapprochements sont saisissants, mais ils ne constituent pas une démonstration. Cannan nie toute implication. Aucun élément scientifique ne prouve qu’il a rencontré Suzy ce 28 juillet et son identité comme « Mr Kipper » ne sera jamais judiciairement établie.
Des occasions perdues au début de l’enquête
Des années plus tard, une révision interne de la Metropolitan Police met en évidence plusieurs défaillances importantes. L’alibi de Cannan n’avait notamment pas été suffisamment vérifié et, malgré les descriptions disponibles du mystérieux client, il n’avait pas été présenté lors d’une parade d’identification. La police reconnaîtra publiquement en 2002 que des occasions significatives avaient été manquées pendant l’enquête initiale.
Cette dimension donne à l’affaire une profondeur particulière. Il ne s’agit plus seulement de rechercher un disparu ou un meurtrier potentiel : il faut aussi se demander si les possibilités de résoudre l’affaire étaient plus importantes dans les mois suivant la disparition qu’elles ne le seront jamais par la suite.
La police désigne un homme, la justice ne peut pas le poursuivre
En 2002, Scotland Yard accomplit une démarche inhabituelle en désignant publiquement John Cannan comme l’homme que les enquêteurs pensent responsable de l’enlèvement et du meurtre présumé de Suzy Lamplugh. Mais le Crown Prosecution Service refuse d’engager des poursuites : les éléments circonstanciels réunis ne sont pas suffisamment solides pour permettre raisonnablement un procès.
La différence entre conviction policière et preuve judiciaire devient alors le cœur du dossier. Les enquêteurs peuvent considérer un homme comme leur principal suspect ; cela ne signifie pas qu’un tribunal dispose des preuves nécessaires pour le condamner. Plusieurs recherches ultérieures, dont des fouilles liées à Cannan, ne permettront pas de retrouver Suzy.
Le principal suspect meurt sans procès
John Cannan meurt en prison en novembre 2024, à l’âge de 70 ans. Il n’a jamais été inculpé pour la disparition de Suzy et a toujours nié y être impliqué. Sa mort ferme définitivement la possibilité de le juger si les éléments déjà connus devaient être réinterprétés, mais elle ne clôt pas l’enquête.
La police conserve toujours une masse considérable d’archives et de pièces susceptibles d’être réexaminées. Certaines empreintes anciennes demeurent notamment inexploitées faute de correspondance, et les enquêteurs espèrent qu’un progrès scientifique ou un nouveau témoignage pourrait encore modifier le dossier.
Quarante ans après, une dernière tentative
Le 28 juillet 2026, quarante ans jour pour jour après la disparition, la Metropolitan Police travaille encore sur plusieurs pistes et informations susceptibles d’être vérifiées. L’équipe chargée des cold cases envisage cependant de faire passer l’enquête en phase inactive en 2027 si aucune avancée significative n’intervient. De nouvelles informations continueraient alors d’être examinées, mais le dossier ne ferait plus l’objet d’un travail actif permanent.
L’affaire Suzy Lamplugh reste ainsi enfermée dans un paradoxe judiciaire. La police a désigné un principal suspect, mais n’a jamais pu prouver qu’il était « Monsieur Kipper ». Cet homme est désormais mort, Suzy demeure introuvable et le mystérieux rendez-vous inscrit dans un agenda en 1986 n’a toujours pas livré son secret.
La Rédaction
Sources et références
- Metropolitan Police – enquête Suzy Lamplugh.
- The Guardian – archives et rétrospectives consacrées à l’affaire.
- Sky News – état du cold case en 2026.
- Suzy Lamplugh Trust – quarantième anniversaire de la disparition.

