Le 26 avril 1999, Jill Dando, 37 ans, l’un des visages les plus connus de la télévision britannique, est abattue devant son domicile londonien. Deux ans plus tard, Barry George est condamné à la prison à vie pour son meurtre. Mais une minuscule particule de résidu de tir, présentée comme un élément important du dossier, va progressivement perdre sa valeur scientifique. La condamnation est annulée en 2007 et George acquitté lors d’un nouveau procès en 2008. Depuis, la justice britannique se retrouve face à la question que le premier verdict semblait avoir résolue : qui a tué Jill Dando ?
Un meurtre en pleine journée
Vers 11 h 30, Jill Dando arrive devant sa maison de Gowan Avenue, à Fulham. Son agresseur l’approche alors qu’elle s’apprête à entrer. L’arme est pressée contre sa tête et un seul coup est tiré. Une douille de calibre 9 mm est retrouvée sur les lieux.
Le meurtre déclenche une enquête considérable. La notoriété de la victime nourrit de nombreuses hypothèses, mais aucun mobile ne s’impose rapidement. Les enquêteurs finissent par s’intéresser à Barry George, qui habite à proximité. Arrêté en mai 2000, il nie avoir tué la présentatrice.
Une particule microscopique au cœur du procès
Le dossier contre George ne repose pas sur une preuve unique. L’accusation présente notamment des témoignages le situant ou situant un homme lui ressemblant dans le secteur, des mensonges lors de ses interrogatoires et une tentative supposée de construire un faux alibi. Mais un élément scientifique donne au dossier une force particulière : une seule particule de résidu de tir, découverte dans la poche d’un de ses manteaux environ un an après le meurtre.
Cette particule possède des caractéristiques compatibles avec certains résidus retrouvés après le tir mortel. Au procès, les jurés sont invités à considérer qu’elle apporte un soutien significatif à l’accusation.
Le 2 juillet 2001, après de longues délibérations, Barry George est déclaré coupable par dix voix contre une. Il est condamné à la prison à vie. Un premier recours échoue en 2002.
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Quand la science fragilise le verdict
Les années suivantes bouleversent cependant l’interprétation de la particule. De nouveaux travaux d’experts conduisent à une conclusion radicalement différente : sa présence dans le manteau de George n’indique pas davantage qu’il a tiré sur Jill Dando qu’elle n’indique une autre origine.
La Criminal Cases Review Commission, chargée d’examiner de possibles erreurs judiciaires, obtient de nouvelles expertises et renvoie finalement le dossier devant la Cour d’appel en 2007.
Le 15 novembre 2007, celle-ci annule la condamnation. Les juges constatent qu’il est impossible de savoir quel poids le premier jury avait accordé à la particule. Mais ils soulignent que, si les jurés avaient connu sa véritable valeur probante, rien ne permet d’être certain qu’ils auraient malgré tout déclaré George coupable. Le verdict est donc jugé unsafe, juridiquement trop incertain pour être maintenu.
Un deuxième procès, un verdict opposé
L’annulation ne signifie pas que la Cour d’appel proclame Barry George innocent. Un nouveau procès est ordonné et s’ouvre en juin 2008 à l’Old Bailey.
Cette fois, la particule qui avait pesé dans le premier dossier n’est plus présentée comme une preuve permettant de relier George au tir. Le second jury doit donc apprécier l’affaire sans lui attribuer la portée qu’elle avait eue sept ans auparavant. Après huit semaines de procès, le verdict tombe le 1er août 2008 : non coupable. George retrouve sa liberté après avoir passé environ huit années en détention.
Deux jurys se sont ainsi prononcés sur le même meurtre et ont abouti à des conclusions opposées, dans un dossier profondément transformé par la réévaluation d’un élément scientifique.
Un meurtre revenu à son point de départ
L’acquittement de Barry George ne désigne aucun autre assassin. Les nombreuses hypothèses apparues depuis 1999, qu’elles concernent un tueur isolé, un contrat ou d’autres mobiles possibles, n’ont abouti à aucune condamnation. Elles ne peuvent donc tenir lieu de vérité judiciaire.
L’affaire Jill Dando conserve ainsi toute sa singularité. La police avait arrêté un homme, un jury l’avait condamné à perpétuité et son premier appel avait échoué. Puis la science a modifié la compréhension d’une particule microscopique suffisamment importante pour que la Cour d’appel considère que le verdict ne pouvait plus être tenu pour sûr.
Barry George a finalement été acquitté. Jill Dando, elle, demeure victime d’un meurtre sans auteur judiciairement identifié. Plus d’un quart de siècle après le coup de feu de Gowan Avenue, l’énigme reste donc double : qui a assassiné la présentatrice britannique, et jusqu’à quel point une particule microscopique a-t-elle contribué à convaincre la justice qu’elle avait trouvé le bon homme ?
La Rédaction
Sources et références
- Court of Appeal of England and Wales, George v R, 15 novembre 2007.
- Criminal Cases Review Commission, dossier Barry George.
- Judiciary of England and Wales, décisions et documents judiciaires relatifs à Barry George.
- The Guardian, archives judiciaires du procès, de l’appel et de l’acquittement.

