En février 1999, une femme âgée meurt lors d’un cambriolage dans un supermarché sud-coréen. Trois jeunes hommes sont rapidement arrêtés, puis condamnés sur la base d’aveux qu’ils affirmeront avoir livrés sous la contrainte. Quelques mois plus tard, trois autres suspects reconnaissent le même crime. Pourtant, les premières condamnations demeurent. Il faudra dix-sept ans pour que la justice reconnaisse l’erreur, révélant une succession de défaillances policières et judiciaires.
Un cambriolage mortel et trois arrestations
Le 6 février 1999, trois individus pénètrent dans le supermarché Nara, à Samrye, dans la province du Jeolla du Nord. Ils cherchent de l’argent et des objets de valeur. Au cours de l’agression, une femme de 76 ans, présente dans les locaux, meurt asphyxiée après avoir été immobilisée.
La police arrête trois jeunes hommes vivant dans des conditions modestes. Certains présentent des difficultés intellectuelles qui les rendent particulièrement vulnérables pendant les interrogatoires. Tous trois finissent par reconnaître leur participation au cambriolage.
Ces aveux deviennent la pièce maîtresse de l’accusation. Les suspects sont condamnés à des peines d’emprisonnement, allant jusqu’à six ans. Ils soutiendront pourtant avoir été frappés et contraints de reconnaître des faits qu’ils n’avaient pas commis.
Trois autres suspects pour le même meurtre
Quelques mois plus tard, en novembre 1999, des enquêteurs de Busan arrêtent trois autres hommes soupçonnés d’avoir participé au cambriolage de Samrye. Interrogés, ils avouent à leur tour.
Cette découverte aurait pu bouleverser la procédure. Les nouveaux suspects décrivent le crime et leur implication présumée. Les policiers transmettent leurs conclusions au parquet de Jeonju, compétent pour examiner l’affaire.
Mais les trois hommes reviennent ensuite sur leurs déclarations. Le parquet considère les preuves insuffisantes et renonce à engager des poursuites. Les premiers condamnés demeurent en prison.
Le dossier présente désormais une contradiction majeure : deux groupes distincts ont reconnu le même crime, mais les investigations complémentaires n’entraînent aucune remise en cause immédiate des condamnations initiales.
À lire aussi : Énigmes judiciaires : l’affaire Huugjilt, exécuté à 18 ans pour un meurtre qu’il avait lui-même signalé
Une reconstitution et des aveux contestés
Pendant les années suivantes, les trois condamnés et leurs défenseurs poursuivent leurs démarches. Ils dénoncent les conditions de leurs interrogatoires et l’absence de preuves matérielles suffisamment solides pour confirmer leurs déclarations.
Un élément important refait surface : un enregistrement de la reconstitution policière, conservé par la famille de la victime. Son examen contribue à remettre en question la fiabilité des aveux initiaux.
L’avocat Park Jun-young s’engage dans la réouverture du dossier. En 2016, l’un des hommes arrêtés lors de la seconde enquête reconnaît sa participation au cambriolage et apporte un témoignage décisif.
Les contradictions longtemps négligées deviennent alors centrales dans le réexamen judiciaire.
Dix-sept ans pour obtenir un acquittement
Le 28 octobre 2016, le tribunal de Jeonju acquitte les trois hommes. Les magistrats estiment que leurs aveux sont incohérents, insuffisamment fiables et contredits par d’autres éléments du dossier. Les preuves restantes ne permettent pas d’établir leur culpabilité. Le parquet renonce à faire appel, rendant les acquittements définitifs.
L’affaire connaît un dernier prolongement judiciaire. En janvier 2021, le tribunal central de Séoul reconnaît la responsabilité de l’État dans les préjudices subis. Il accorde à chacun des trois hommes une indemnisation comprise entre 320 et 470 millions de wons, ainsi que des réparations à leurs familles. Une partie des sommes doit également être supportée par l’ancien procureur impliqué dans le dossier.
Quand la justice refuse de remettre en cause ses certitudes
L’énigme de Samrye ne réside pas dans l’absence de suspects, mais dans l’existence de deux enquêtes ayant abouti à des aveux concurrents. La seconde aurait dû conduire à réexaminer sérieusement la première. Elle n’a pourtant pas empêché trois hommes de purger des peines de prison pour un crime qu’ils n’avaient pas commis.
Le jugement civil de 2021 souligne une défaillance particulièrement grave : plutôt que de chercher à établir la vérité, les investigations complémentaires avaient notamment cherché à discréditer les déclarations des nouveaux suspects.
L’affaire pose ainsi une question fondamentale : comment une institution chargée de découvrir la vérité peut-elle devenir prisonnière de sa première conclusion, au point d’écarter des éléments susceptibles de démontrer une erreur judiciaire ?
La Rédaction
Sources et références
- Tribunal de Jeonju, Cour suprême de Corée du Sud — Publication officielle du jugement de révision, affaire n° 2015재고합1, 7 novembre 2016.
- Yonhap News Agency — Enquête sur les défaillances policières et judiciaires dans l’affaire Samrye, 6 décembre 2016.
- Yonhap News Agency — Décision d’indemnisation des trois victimes de l’erreur judiciaire, 28 janvier 2021.
- Yonhap News Agency — Analyse du jugement civil et des responsabilités institutionnelles, 1er février 2021.

