Lomé se dote d’un organe technique d’arbitrage pour fixer les frontières municipales, un chantier crucial pour la fiscalité locale et la sécurité nationale face à la menace terroriste.
Lomé, le 29 mai 2026 – Alors que le Togo parachève son architecture de décentralisation, la question épineuse des frontières intercommunales passe sous la loupe de l’exécutif. Le gouvernement togolais vient d’officialiser la création d’un comité national dédié à la prévention et à la résolution des conflits de délimitation entre les communes. Placée sous la tutelle du ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, cette instance devra trancher des différends latents qui menacent l’équilibre économique et social du pays.
L’arbitrage technique face au flou cartographique
L’objectif principal de cette nouvelle structure est d’extirper la gestion des frontières locales du champ des passions politiques ou communautaires pour l’ancrer dans une approche purement technique. Le comité est chargé d’analyser les contestations et de fournir à l’exécutif des grilles d’arbitrage objectives, documentées et pérennes.
L’urgence opérationnelle est réelle. Si le découpage communal s’est appuyé sur les frontières historiques des cantons, la transition vers la communalisation intégrale se heurte à un manque de matérialisation physique sur le terrain.
« Les communes sont composées de cantons, mais les limites ne sont pas toujours matérialisées sur le terrain. Cela entraîne des conflits qu’il faut anticiper et résoudre », a précisé Robert Baoubadi Bakaï, directeur de cabinet du ministère et président du comité, lors de l’ouverture de la première session de travail à Lomé, jeudi 28 mai.
Fiscalité et cohésion : les deux piliers de la stabilité locale
Lancés officiellement par le ministre de tutelle, Hodabalo Awate, les travaux de cette session inaugurale doivent déboucher sur la validation d’une feuille de route opérationnelle. Derrière ce formalisme administratif se cachent des enjeux économiques majeurs pour les 117 communes du Togo :
- La souveraineté fiscale : le flou des limites territoriales engendre des contentieux systématiques sur le recouvrement des taxes locales, privant les municipalités de ressources critiques.
- La sécurité foncière : les empiétements territoriaux freinent les investissements locaux et cristallisent les tensions entre administrés.
- La cohésion sociale : stabiliser les frontières est indispensable pour légitimer l’autorité des nouvelles équipes municipales.
Un impératif sécuritaire sur fond de menace asymétrique
Au-delà de la simple efficacité administrative, la maîtrise du territoire répond à un impératif de sécurité nationale hautement stratégique. Dans un contexte régional marqué par la volatilité sahélienne, les failles de la gouvernance locale constituent des portes d’entrée pour les facteurs d’instabilité.
Le ministre Hodabalo Awate a explicitement fait le lien entre la rigueur du découpage frontalier et la lutte contre le terrorisme, exhortant les membres du comité à un professionnalisme sans faille :
« La menace terroriste et l’extrémisme violent doivent être pris avec sérieux, car ces groupes exploitent souvent les petits conflits pour s’infiltrer dans les communautés », a prévenu le ministre.
En structurant la délimitation des communes au Togo, ce comité national n’ambitionne pas seulement de dessiner des cartes : il pose les jalons d’une résilience territoriale face aux crises foncières et sécuritaires.
La Rédaction

