Les relations entre la France et l’Algérie n’ont jamais été un long fleuve tranquille, mais ces derniers jours, elles frôlent le point de non-retour. Le 26 février 2025, François Bayrou, Premier ministre français, a jeté un pavé dans la mare : Paris exige une révision totale des accords bilatéraux avec Alger, assortie d’un ultimatum de « un à six semaines ». Une déclaration qui sonne comme un coup de tonnerre dans un ciel déjà chargé de tensions migratoires, de différends historiques et de polémiques autour d’influenceurs sous OQTF. Jusqu’où ce bras de fer entre les deux nations peut-il aller ?
Un divorce qui couve depuis des mois
Le torchon brûle entre les deux capitales, et ce n’est pas d’aujourd’hui. En décembre 2024, la convocation de l’ambassadeur français à Alger avait déjà sonné l’alarme. Mais c’est sur le terrain migratoire que le feu s’est vraiment propagé. Paris reproche à Alger de bloquer les expulsions de ses ressortissants sous Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), en refusant systématiquement les laissez-passer consulaires. Le drame de Mulhouse, où un Algérien en situation irrégulière a tué en janvier, a transformé ce différend en urgence politique. « Trop, c’est trop », semble dire le gouvernement français, qui menace désormais de dynamiter l’accord de 1968, ce texte sacré qui régit la circulation des Algériens en France depuis plus de 50 ans.
Les influenceurs, étincelles d’un brasier
Et puis, il y a les affaires qui font les gros titres. Doualemn, star de TikTok avec ses millions de vues, a vu son OQTF annulée début février par le tribunal de Melun. Un camouflet pour l’exécutif français, et une aubaine pour les critiques, à l’image de Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, qui fustige une justice « trop molle ». Quelques semaines plus tôt, « Zazou Youcef » défrayait la chronique : interpellé après des appels présumés à des attentats, cet influenceur sous OQTF a cristallisé le ras-le-bol d’une partie de l’opinion. Ces cas, ultra-médiatisés, exposent cruellement les failles du système : entre une Algérie qui joue la carte du refus et des recours juridiques qui freinent les expulsions, la France semble coincée.
Ultimatum ou poker menteur ?
En posant cet ultimatum, François Bayrou joue gros. Une remise à plat des accords pourrait bouleverser les échanges humains, économiques et culturels entre les deux rives de la Méditerranée. Mais Alger, fidèle à son ADN souverainiste, risque de ne pas plier. Pour l’instant, le silence règne côté algérien, un mutisme qui sonne comme un défi. La France ira-t-elle jusqu’au bout de sa menace, au risque d’une rupture historique ? Ou s’agit-il d’un coup de pression pour forcer une renégociation ? Les semaines à venir seront un test décisif pour une relation déjà mise à rude épreuve.
Entre passé colonial, enjeux migratoires et guerre des nerfs diplomatique, ce choc frontal pourrait redessiner la carte des alliances en Méditerranée. Une chose est sûre : personne ne sortira indemne de cette partie à haut risque.
La Rédaction

