Pris dans une spirale économique infernale, Cuba voit sa dépendance au dollar s’intensifier. En quête désespérée de devises étrangères, le gouvernement vient d’autoriser l’ouverture d’un supermarché où seules les transactions en dollars américains sont acceptées, une première depuis près de vingt ans. Cette initiative illustre un phénomène de dollarisation de plus en plus marqué, alors que l’île peine à maintenir son économie à flot face aux sanctions américaines et à une inflation galopante.
Une dollarisation de plus en plus visible
Depuis plusieurs années, Cuba multiplie les mesures pour capter les dollars détenus par sa population, notamment ceux envoyés par la diaspora. Les magasins en devises, qui existaient déjà pour certains produits, s’étendent désormais au secteur alimentaire, un tournant majeur dans la stratégie économique du régime.
L’objectif est clair : attirer les précieux billets verts pour financer les importations et stabiliser un marché local frappé par des pénuries chroniques. Mais cette politique creuse un fossé entre les Cubains ayant accès aux devises et ceux qui doivent se contenter d’un peso en perte de valeur, exacerbant les inégalités sociales.
Une réponse forcée à une crise profonde
L’économie cubaine souffre d’un cocktail explosif : embargo américain renforcé, effondrement du tourisme post-pandémie et défaillances structurelles du modèle socialiste. Le peso cubain s’est effondré sur le marché noir, rendant les importations encore plus coûteuses. Dans ce contexte, l’État n’a d’autre choix que de recourir au dollar pour maintenir un semblant de stabilité.
En autorisant ces magasins en devises, le gouvernement espère canaliser les flux de dollars à son avantage, plutôt que de les voir alimenter un marché parallèle florissant. Mais cette solution d’urgence pourrait rapidement devenir un piège, en affaiblissant encore davantage la monnaie nationale et en privant une partie de la population de l’accès aux produits de première nécessité.
Un pari économique aux conséquences incertaines
Si cette dollarisation partielle permet de pallier certaines pénuries à court terme, elle menace l’équilibre fragile du pays. Cuba avait déjà expérimenté une double circulation monétaire dans les années 1990, avec des résultats mitigés : un accès privilégié aux biens pour ceux disposant de devises, et un sentiment croissant d’injustice sociale pour les autres.
Cette fois encore, l’île oscille entre nécessité économique et dogme socialiste. Accroître la présence du dollar peut attirer les devises vitales, mais risque aussi d’accentuer les fractures sociales et de fragiliser encore plus le peso cubain. Un dilemme dont l’issue dépendra autant de l’évolution des relations avec Washington que de la capacité du régime à éviter l’explosion des tensions internes.
La Rédaction

