Le procureur général de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a été suspendu de ses fonctions avec effet immédiat à la suite d’allégations d’agression sexuelle portées par une collaboratrice. Cette mise à pied conservatoire ébranle l’institution de La Haye au moment précis où elle se trouve au cœur des plus vifs affrontements géopolitiques contemporains.
Un séisme institutionnel aux accents conservatoires
Nouvelle onde de choc dans les couloirs du Palais de Justice de La Haye. Le procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, a été suspendu avec effet immédiat par le Bureau de l’Assemblée des États parties (AEP), l’organe de gouvernance politique et législatif de la Cour.
Cette décision marque un tournant rigoureux : si le magistrat britannique s’était déjà partiellement mis en retrait pour structurer sa défense, les instances de supervision ont choisi de formaliser cette mise à l’écart. Face à des accusations d’agression sexuelle formulées par une membre de son équipe — allégations que l’intéressé rejette en bloc —, l’institution a privilégié le principe de précaution.
Le Bureau de l’Assemblée a toutefois précisé que cette suspension constitue une mesure strictement conservatoire. Elle ne préjuge en rien des conclusions futures de la procédure, laquelle devra être examinée et arbitrée par les 125 États membres du Statut de Rome.
Un imbroglio procédural qui divise La Haye
L’affaire met en lumière les tiraillements éthiques et juridiques internes de la Cour. En mars dernier, un rapport confidentiel rédigé par un panel de trois juges indépendants avait conclu à l’insuffisance des éléments de preuve recueillis par les enquêteurs de l’ONU, estimant que le dossier ne permettait pas, en l’état, de caractériser la responsabilité du procureur.
Pourtant, la persistance des soupçons et le risque d’un dommage réputationnel irréversible ont poussé l’Assemblée des États parties à une prudence politique maximale. L’enjeu pour l’institution est double : garantir la présomption d’innocence de son plus haut magistrat, tout en appliquant une politique de tolérance zéro face aux violences sexuelles et sexistes.
Le pivot des grands dossiers géopolitiques mondiaux
Depuis son élection en 2021, Karim Khan a profondément transformé le visage de la CPI, en faisant du parquet un acteur central des relations internationales. Sous son impulsion, la Cour a ouvert des dossiers majeurs en Ukraine, au Soudan, aux Philippines et dans les territoires palestiniens.
C’est sous son mandat qu’ont été émis en 2024 des mandats d’arrêt visant Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant dans le cadre du conflit à Gaza. Une initiative qui a exposé la CPI à des tensions diplomatiques sans précédent.
Avant même sa suspension globale, Karim Khan avait déjà dû se déporter du dossier visant Rodrigo Duterte, poursuivi pour crimes contre l’humanité.
Le crash-test de la crédibilité internationale
Au-delà du destin individuel du procureur, c’est l’ensemble de l’architecture de la justice pénale internationale qui traverse une épreuve de légitimité. La CPI se retrouve face à une exigence paradoxale : incarner l’exemplarité judiciaire tout en étant elle-même exposée aux crises de gouvernance interne.
Alors que plusieurs grandes puissances non-signataires contestent régulièrement son autorité, cette affaire fragilise une institution déjà sous pression. L’issue de la procédure sera scrutée de près par les États, les ONG et les observateurs internationaux, tant elle conditionne la crédibilité future de la Cour.
La Rédaction

