Les étals de fortune où s’entassent des médicaments vendus à même le sol continuent de prospérer en Côte d’Ivoire, comme dans de nombreux pays africains. Ces « pharmacies de rue », bien qu’illégales, captent environ 30 % des ventes de médicaments en Côte d’Ivoire, exposant des millions de personnes à de graves risques sanitaires. Ce phénomène, enraciné dans les difficultés d’accès aux soins formels, reflète une problématique continentale.
Une alternative risquée mais accessible
Pour de nombreux ménages ivoiriens, ces médicaments de rue sont souvent la seule option financièrement viable. « Les gens s’y rendent parce que c’est moins cher que dans les pharmacies conventionnelles, même si la qualité n’est pas toujours garantie », explique Yasmine Bah, une étudiante.
La Couverture Maladie Universelle (CMU), instaurée par l’État ivoirien, visait à rendre les soins de santé plus accessibles. Pourtant, ses limites – notamment l’incapacité à couvrir les dépenses en médicaments – laissent encore une large frange de la population dépendante des solutions informelles.
Des pertes financières et sanitaires colossales
Le commerce illicite des médicaments ne menace pas seulement la santé publique, il impacte également l’économie. Chaque année, le secteur pharmaceutique légal en Côte d’Ivoire perd entre 40 et 50 milliards de francs CFA à cause de ce marché parallèle. À cela s’ajoutent des milliards de manque à gagner pour l’État.
Les dangers ne s’arrêtent pas là. L’Organisation mondiale de la santé estime que 40 % des médicaments falsifiés en circulation dans le monde se trouvent en Afrique. Ce problème est exacerbé par le fait que seulement 3 % des médicaments consommés sur le continent sont produits localement. Résultat : les médicaments en Afrique sont souvent parmi les plus chers au monde.
Des actions locales et continentales pour enrayer le fléau
En août dernier, une vaste opération policière a été menée à Adjamé, un quartier d’Abidjan connu pour son marché de faux médicaments. Des dizaines de forces de l’ordre ont démantelé des échoppes de fortune, détruisant des stocks de produits contrefaits.
Mais pour Stéphanie Yéogognon, présidente des Organisations de fédérations de santé de Côte d’Ivoire, les répressions ne suffisent pas : « Nous devons produire localement. Une industrie pharmaceutique solide permettrait de réduire les coûts et de limiter l’accès aux médicaments de rue. »
C’est dans cette optique que l’Agence Africaine du Médicament (AMA) a vu le jour sous l’impulsion de l’Union Africaine. Elle vise à renforcer la production locale et à réguler efficacement les médicaments sur le continent. Lors d’un atelier organisé à Abidjan, les participants ont plaidé pour une adoption rapide du traité de l’AMA en Côte d’Ivoire.
Une sensibilisation accrue, une santé renforcée
Les solutions passent aussi par l’éducation des populations. Des campagnes de sensibilisation, associées à des partenariats renforcés entre les forces de l’ordre et les acteurs communautaires, sont essentielles pour décourager le recours aux médicaments de rue.
Si ce défi dépasse les frontières ivoiriennes, la Côte d’Ivoire pourrait devenir un modèle pour d’autres pays africains en s’appuyant sur une politique cohérente mêlant production locale, sensibilisation et régulation stricte. En luttant contre ce fléau, c’est la santé et l’avenir de millions de personnes que le continent protégera.
La Rédaction

