Restitué par la France après plus d’un siècle d’absence, le Djidji Ayôkwé a été présenté le 7 août à Adjamé, son territoire d’origine, avant de rejoindre le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire. Plus qu’un retour patrimonial, cette étape replace l’objet dans la communauté à laquelle il appartenait avant sa confiscation par l’administration coloniale en 1916.
Le retour du Djidji Ayôkwé ne s’est pas achevé à l’aéroport d’Abidjan. Arrivé en Côte d’Ivoire en mars après sa restitution officielle par la France le 20 février 2026, le tambour sacré a été montré pour la première fois au public ivoirien le 7 août, jour de la fête nationale.
Après avoir pris part à une parade à Yopougon, l’imposant instrument a rejoint Adjamé, son lieu d’origine, où chefs traditionnels, responsables publics et habitants l’ont accueilli au cours d’une cérémonie marquée par des libations et des hommages aux ancêtres.
Confisqué en 1916 par les autorités coloniales françaises, le Djidji Ayôkwé avait ensuite été transféré en France, où il avait rejoint les collections du musée du Trocadéro puis celles du musée du quai Branly-Jacques Chirac. Sa restitution avait été officiellement demandée par la Côte d’Ivoire en 2019.
D’un objet de musée à un symbole retrouvé
Taillé dans du bois d’iroko, long de plus de trois mètres et pesant environ 430 kilos, le Djidji Ayôkwé n’était pas seulement un instrument musical. Chez les Atchan, il remplissait des fonctions politiques, sociales et cérémonielles, et pouvait servir à transmettre des messages entre communautés.
C’est précisément cette dimension qui donne à son retour une portée différente d’une simple restitution artistique. En le faisant revenir d’abord dans son environnement communautaire, les autorités ivoiriennes réintroduisent l’objet dans une mémoire vivante avant son exposition muséale.
La scène d’Adjamé rappelle ainsi que les restitutions ne concernent pas seulement la propriété juridique des œuvres. Elles posent aussi la question de leur usage, de leur signification et du lien qu’elles entretiennent avec les sociétés dont elles ont été séparées.
La restitution entre mémoire locale et politique culturelle
Le Djidji Ayôkwé est le premier objet officiellement restitué par la France à la Côte d’Ivoire dans le cadre du mouvement de retour des biens culturels acquis pendant la colonisation. Son transfert s’inscrit dans une politique engagée par Paris depuis 2017, mais longtemps ralentie par les contraintes juridiques liées à l’inaliénabilité des collections publiques françaises.
Son prochain accueil au Musée des civilisations d’Abidjan ouvrira une nouvelle phase : celle de sa conservation et de sa présentation au public. Mais la séquence du 7 août aura donné au retour une dimension que le musée ne peut, à lui seul, produire.
Cent dix ans après sa confiscation, le Djidji Ayôkwé ne revient donc pas seulement dans un inventaire national. Il retrouve d’abord un territoire, des descendants et une mémoire collective. C’est sans doute là que se joue la portée la plus forte de cette restitution.
La Rédaction
Source : informations relatives à la cérémonie du 7 août 2026, complétées par le Musée du quai Branly-Jacques Chirac et les communications officielles ivoiriennes sur la restitution du Djidji Ayôkwé.

