Après des années de démantèlement de sites clandestins, la Côte d’Ivoire change d’échelle dans sa lutte contre l’orpaillage illégal. Un nouveau projet de loi ne cible plus seulement ceux qui extraient l’or, mais aussi les commanditaires, financiers, receleurs et propriétaires qui permettent à cette économie souterraine de fonctionner et de se reconstituer.
Détruire un site d’orpaillage illégal ne suffit manifestement pas à faire disparaître l’activité. Depuis 2021, plus de 8 500 sites clandestins ont été démantelés en Côte d’Ivoire et 4 474 personnes déférées devant la justice, selon les chiffres communiqués par les autorités. Pourtant, l’exploitation illégale persiste dans plusieurs régions.
Le gouvernement tente désormais de s’attaquer à ce qui permet à ces sites de survivre : les réseaux qui les financent, les équipent et écoulent leur production.
Remonter jusqu’à ceux qui organisent le système
Le projet de loi adopté en Conseil des ministres introduit de nouvelles incriminations visant notamment les commanditaires, financiers, receleurs et propriétaires de sites clandestins. Il renforce également le régime des sanctions et prévoit, dans certaines situations impliquant des agents publics, des peines pouvant atteindre 20 ans d’emprisonnement.
Ce déplacement de la réponse pénale est significatif. Un chantier clandestin nécessite des capitaux, du matériel, parfois des engins lourds, mais aussi des intermédiaires capables d’acheter, transporter et commercialiser l’or extrait. Les personnes présentes sur le site ne représentent donc que la partie visible d’une chaîne économique plus large.
En ciblant ceux qui financent ou facilitent cette activité, Abidjan cherche à empêcher qu’un site détruit soit simplement remplacé par un autre. L’objectif n’est plus seulement d’interrompre l’extraction, mais de désorganiser son modèle économique.
8 500 démantèlements et un phénomène qui résiste
L’ampleur des opérations réalisées depuis 2021 révèle paradoxalement la difficulté du combat. Malgré plusieurs milliers de sites détruits et des milliers de procédures judiciaires, certaines zones continuent d’être réoccupées après le départ des forces de sécurité.
La Côte d’Ivoire renforce donc parallèlement son dispositif opérationnel. Le Conseil national de sécurité a notamment décidé d’accroître les capacités des brigades spécialisées et de créer 21 pelotons de sécurité fluviale, destinés à surveiller les principaux fleuves et leurs affluents.
L’enjeu dépasse la seule récupération de l’or échappant aux circuits officiels. L’orpaillage clandestin peut également provoquer la dégradation des sols, la pollution des cours d’eau et des conflits autour de l’occupation des terres. Sa dispersion géographique rend en outre sa surveillance particulièrement complexe.
La loi devra maintenant atteindre les réseaux
Le durcissement des peines ouvre ainsi une nouvelle étape, mais son efficacité dépendra de la capacité des enquêtes à remonter réellement les circuits financiers et commerciaux. Identifier un exploitant présent sur un site est une chose ; établir les responsabilités de ceux qui financent les opérations ou organisent l’écoulement de l’or peut s’avérer beaucoup plus difficile.
C’est pourtant à ce niveau que se jouera une partie du succès de la nouvelle stratégie. Après plus de 8 500 démantèlements, la Côte d’Ivoire semble tirer une conclusion de plusieurs années de lutte : pour empêcher les mines clandestines de renaître, il faut désormais poursuivre l’argent et les réseaux qui les maintiennent en activité.
La Rédaction
Sources : Gouvernement de Côte d’Ivoire ; Conseil national de sécurité de Côte d’Ivoire.

