Censure des mots, captures d’écran automatiques, accès réservé aux autorités
Un smartphone nord-coréen, obtenu par la BBC, dévoile l’extrême contrôle technologique du régime de Kim Jong-un. L’appareil remplace automatiquement certains termes considérés comme trop « sud-coréens » — par exemple « Oppa » devient « camarade », et « Corée du Sud » est remplacé par « État fantoche ».
Mais la surveillance ne s’arrête pas là. Toutes les cinq minutes, le téléphone prend une capture d’écran qui est enregistrée dans un dossier inaccessible à l’utilisateur — mais consultable par les autorités. Ce dispositif transforme le téléphone en véritable mouchard de poche, au service de l’État.
Ce smartphone est le plus dangereux du monde, mais pourquoi ?
En Corée du Nord, l’information n’est pas un droit mais une arme potentielle. Depuis 1948, le régime a bâti un système où tout contenu étranger est filtré, voire interdit : pas de films sud-coréens, pas de romans occidentaux, pas de musique internationale. Ce mur idéologique est censé préserver le « récit officiel » — celui qui légitime la dynastie Kim au pouvoir.
La contrebande existe, bien sûr. Des clés USB et cartes SD font circuler clandestinement des films, séries ou clips sud-coréens. Mais une immense partie de la population reste encore coupée du monde extérieur.
Lorsque les smartphones se sont répandus dans le monde, la Corée du Nord ne pouvait ignorer cette révolution sans se marginaliser davantage. Sa réponse ? Autoriser les téléphones, mais les transformer en outils de surveillance totale.
Un téléphone loyal au régime
Le téléphone nord-coréen récupéré par la BBC est entièrement reprogrammé pour réécrire automatiquement tout contenu jugé idéologiquement incorrect. Écrire « oppa » ? Le mot devient « camarade ». Mentionner « Corée du Sud » ? L’expression est remplacée par « État marionnette ».
Cela va bien au-delà de la simple censure. Il s’agit d’un processus de manipulation cognitive, où le vocabulaire devient un champ de bataille idéologique. Comme le disait George Orwell dans 1984 : « Moins le choix est étendu, moindre est la tentation de réfléchir. » Supprimer des mots, c’est réduire les concepts qu’un citoyen peut imaginer.
Un espion dans votre poche
En plus de cette autocensure linguistique, le smartphone prend automatiquement une capture d’écran toutes les cinq minutes, et celles-ci sont stockées dans une partie inaccessible du téléphone. L’utilisateur n’en est pas informé, ne peut pas les consulter, ni les supprimer. Le contenu peut ensuite être inspecté par les services de sécurité.
En pratique, cela signifie que ce téléphone peut mener son propriétaire en prison ou à la mort. Visionner un film interdit, recevoir un message étranger, ou simplement lire un article critique peut être interprété comme un acte de trahison.
Une dictature numérique sous contrôle fissuré
La Corée du Nord, confrontée à la montée en puissance du numérique, tente de colmater les brèches. Mais plus la technologie avance, plus les fissures se multiplient. Là où la radio ou la télévision pouvaient être facilement verrouillées, les contenus numériques passent les frontières plus discrètement.
Malgré tous les mécanismes de surveillance, de vastes réseaux de contrebande, souvent alimentés depuis la Chine, permettent à certains Nord-Coréens d’accéder à des fragments du monde réel. C’est peut-être là le plus grand danger pour le régime : la lente infiltration de contenus étrangers menace de délégitimer un récit idéologique verrouillé depuis plus de 70 ans.
Face à cette menace silencieuse, le gouvernement nord-coréen a trouvé une solution radicale : permettre les smartphones… mais en y greffant l’œil permanent du régime.
La Rédaction

