Le réchauffement climatique ne se traduit plus seulement par des records météorologiques. Il pèse désormais sur la mortalité, fragilise les travailleurs et accentue les inégalités sanitaires. Dans son rapport mondial publié le 28 octobre 2026, le Lancet Countdown révèle l’ampleur d’une crise dont les conséquences humaines dépassent la capacité des États à protéger leurs populations.
Longtemps envisagée à travers les catastrophes naturelles et les projections de températures, la crise climatique apparaît aujourd’hui dans les statistiques de mortalité. Le dixième rapport du Lancet Countdown, réalisé avec la collaboration de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), établit un constat préoccupant : les atteintes à la santé liées au réchauffement s’intensifient, malgré les avancées enregistrées depuis l’Accord de Paris.
Une mortalité dont la science identifie désormais les causes
En 2023, quelque 710 000 décès ont été associés aux températures élevées dans le monde. Les chercheurs estiment que 71,5 % de cette mortalité est attribuable au changement climatique provoqué par les activités humaines.
Cette estimation repose sur une méthode d’attribution scientifique : comparer la mortalité observée avec celle qui aurait pu survenir dans un monde dépourvu de réchauffement d’origine humaine. Les résultats restent des estimations statistiques, mais permettent désormais de distinguer plus précisément l’influence du climat sur la santé.
Entre 2016 et 2023, près de trois millions de décès liés à la chaleur auraient ainsi été imputables au réchauffement anthropique.
Derrière ces chiffres se trouvent des organismes soumis à des contraintes physiologiques croissantes. La chaleur aggrave notamment les pathologies cardiovasculaires, favorise certaines atteintes rénales et accroît les risques pour les personnes âgées ou déjà fragilisées.
En Afrique, le risque sanitaire devient aussi économique
Les conséquences dépassent largement les établissements de santé. En 2025, l’exposition à la chaleur aurait entraîné la perte potentielle de 573 milliards d’heures de travail dans le monde, correspondant à environ 1 070 milliards de dollars de revenus potentiels.
L’Afrique figure parmi les régions les plus touchées. L’agriculture concentre à elle seule 71 % des pertes potentielles de revenus attribuées à la chaleur sur le continent.
Cette situation révèle une vulnérabilité particulière : lorsque les températures rendent le travail physique dangereux ou moins productif, les conséquences peuvent affecter simultanément les revenus des ménages, la production alimentaire et les conditions de santé.
Des avancées réelles, mais profondément inégales
Le rapport ne décrit pourtant pas une absence totale de progrès. La réduction de la pollution atmosphérique liée aux combustibles fossiles permettrait déjà d’éviter environ 323 000 décès prématurés chaque année dans les pays concernés par ces améliorations.
Les investissements mondiaux dans les énergies propres ont également atteint 2 100 milliards de dollars en 2025.
Mais cette transition reste insuffisante face à l’ampleur des risques. Seuls 56 des 194 États membres de l’OMS disposent désormais d’un plan national d’adaptation sanitaire au changement climatique.
Faire de la santé une priorité climatique
Les scientifiques proposent de reconnaître officiellement le changement climatique comme une urgence sanitaire mondiale, avec des mécanismes renforcés de surveillance, de prévention et de coopération internationale.
L’enjeu n’est plus seulement de limiter les émissions futures. Il consiste aussi à préparer les systèmes de soins, protéger les travailleurs exposés et garantir aux populations vulnérables les moyens de faire face aux risques déjà présents.
À l’approche de la COP31, le rapport introduit ainsi une exigence fondamentale : la réussite des politiques climatiques devra aussi se mesurer aux vies préservées, et non uniquement aux tonnes de carbone évitées.
La Rédaction
Sources et références : Lancet Countdown, rapport mondial 2026 sur la santé et le changement climatique ; Organisation mondiale de la Santé, communiqué du 28 octobre 2026 ; University College London, présentation des résultats du rapport.

