Le Maroc, situé aux portes du désert, connaît une crise de l’eau qui ne cesse de s’intensifier. Cette pénurie, exacerbée par les effets du changement climatique, touche particulièrement les régions arides du pays. Cependant, ce n’est pas l’ensemble du territoire qui est affecté de manière égale. En réalité, l’eau est inégalement répartie à travers le pays, ce qui aggrave les disparités entre le nord humide et les zones plus sèches du sud. Pour répondre à ce défi, le Maroc a récemment mis en place un projet ambitieux : l’“autoroute de l’eau”, visant à transférer l’eau des régions les plus riches en ressources vers celles qui en manquent. Ce projet soulève toutefois des questions sur sa durabilité face aux défis climatiques à long terme.
L’inégalité géographique de la répartition des ressources en eau
Le Maroc présente une répartition géographique de l’eau particulièrement déséquilibrée. Environ 53% des précipitations annuelles du pays tombent sur seulement 7% de son territoire. La région nord, notamment le bassin du Sebou, est la plus privilégiée en termes de ressources en eau, grâce à des pluies plus abondantes et régulières. En revanche, les régions du sud et du centre du pays, notamment l’Atlas et le Sahara, connaissent une aridité marquée, avec des précipitations bien en deçà de la moyenne.
Ce déséquilibre crée des tensions, notamment en période de sécheresse prolongée, lorsque les réserves d’eau du nord, bien qu’abondantes en comparaison, ne suffisent pas à compenser les besoins des autres régions. Ainsi, certaines zones, comme Rabat et Casablanca, ont dû faire face à une situation critique de stress hydrique, menaçant leur approvisionnement en eau potable à la fin de l’année 2023.
L’impact du climat et des changements climatiques
Le climat marocain est fortement influencé par des phénomènes comme la montée des températures et la variabilité des précipitations. En l’espace de quelques décennies, les températures annuelles ont augmenté de 1,8°C, ce qui a exacerbé l’évaporation des eaux de surface et a réduit la quantité d’eau disponible dans les réservoirs. De plus, les projections climatiques pour les prochaines décennies prévoient une intensification des périodes sèches, en particulier dans le nord du pays.
Ces changements impactent directement la répartition de l’eau. Les simulations climatiques révèlent que les bassins du nord, traditionnellement plus humides, seront de plus en plus affectés par le manque d’eau au fil du temps. Cela pourrait inverser la tendance actuelle et rendre encore plus difficile l’approvisionnement en eau pour les zones du sud et du centre, déjà en situation précaire.
Le rôle de l’autoroute de l’eau dans cette dynamique géographique
Face à cette crise, le Maroc a mis en place l’“autoroute de l’eau”, un projet qui consiste à capter l’excédent d’eau du bassin du Sebou, dans le nord du pays, et à le transférer vers les régions voisines, comme Rabat et Casablanca. Ce projet est conçu pour pallier les inégalités de répartition des ressources en eau, notamment en période de sécheresse, en offrant une solution immédiate à la pénurie d’eau potable.
Depuis son inauguration en août 2023, cette infrastructure a permis de transférer plus de 700 millions de m3 d’eau, assurant l’approvisionnement de près de 12 millions de personnes. En tout, 67 kilomètres de canal souterrain relient le bassin du Sebou à la capitale, et le projet devrait bientôt être étendu pour desservir d’autres régions du pays.
Ce système de transfert d’eau est une réponse directe aux déséquilibres géographiques, mais il n’est qu’une solution ponctuelle à un problème bien plus vaste. À long terme, il sera nécessaire de réfléchir à d’autres solutions plus durables pour garantir une gestion équitable et responsable de l’eau sur l’ensemble du territoire marocain.
Les défis à long terme et les solutions possibles
Si l’autoroute de l’eau représente une avancée technologique importante, elle ne résout pas les problèmes à long terme liés à la gestion des ressources en eau. En effet, les effets du changement climatique continueront à se faire sentir, affectant davantage les bassins du nord et réduisant la capacité de stockage des réservoirs. De plus, des chercheurs comme Nabil El Moçayd soulignent que l’extension de l’irrigation dans ces zones pourrait aggraver encore la situation, à moins de développer des techniques de gestion plus efficaces et durables.
L’une des solutions évoquées pour compléter l’“autoroute de l’eau” est le dessalement de l’eau de mer. Le Maroc mise également sur la recherche en matière d’irrigation et d’efficacité de l’utilisation de l’eau pour l’agriculture, secteur majeur du pays. Le développement de techniques d’irrigation plus économes en eau et l’amélioration de la gestion de l’eau dans l’agriculture sont essentiels pour réduire la pression sur les ressources hydriques.
La crise de l’eau au Maroc révèle une inégalité géographique importante dans la répartition de cette ressource précieuse. Bien que des projets comme l’autoroute de l’eau apportent une solution temporaire, la gestion à long terme de l’eau nécessite une approche plus globale, prenant en compte les effets du changement climatique et la durabilité des solutions. Le Maroc devra continuer à innover et à chercher des alternatives pour équilibrer les besoins en eau de ses différentes régions, tout en préservant ses ressources pour les générations futures.
La Rédaction

