« On parle beaucoup de liberté d’expression. Mais rarement de liberté d’écoute. »
On la brandit comme un trophée, cette liberté d’expression. Elle est devenue l’étendard des temps modernes, invoquée dès qu’une voix veut se faire entendre, qu’un tweet veut se défendre ou qu’un micro s’allume. Mais à force de la répéter, on en oublie l’autre moitié du chemin : celui de l’oreille attentive.
Car s’exprimer, c’est facile. Les plateformes numériques nous offrent mille tribunes gratuites. Un clic, et la planète entière peut lire nos états d’âme. Mais écouter vraiment, sans interrompre, sans juger, sans préparer déjà sa réplique, voilà le vrai défi. Dans une société saturée de paroles, l’écoute est devenue une denrée rare.
Regardons nos débats publics. Les plateaux télé ressemblent à des arènes : chacun parle plus fort pour exister, personne ne s’arrête pour entendre. Sur les réseaux, l’échange s’est transformé en ping-pong d’opinions, où l’on renvoie la balle plus vite qu’on ne l’attrape. Résultat : beaucoup de bruit, peu de dialogue.
Pourtant, écouter est aussi un acte démocratique. Prendre le temps d’accueillir la parole de l’autre, même quand elle dérange, c’est reconnaître sa légitimité d’exister. La liberté d’écoute, c’est accepter de suspendre son ego, de laisser de la place à une vérité différente de la sienne. C’est aussi un apprentissage : celui du silence fécond.
Dans les familles, au travail, en politique, combien de conflits viennent non pas de ce qui est dit, mais de ce qui n’est pas entendu ? L’écoute n’est pas une faiblesse : elle est la première étape vers le respect, la compréhension et parfois même vers la paix.
Alors, si l’on veut défendre la liberté d’expression avec cohérence, il faudrait commencer par lui donner une sœur jumelle : la liberté d’écoute. Car sans oreilles, les plus belles paroles ne sont que du vent.
La Rédaction

