Sommet Chine-Afrique 2024 : Xi Jinping a promis plus de 50 milliards de dollars sur trois ans pour soutenir les pays africains. Cependant, derrière ces chiffres impressionnants, la réalité de la coopération entre la Chine et l’Afrique semble de plus en plus contrastée, marquée par une réduction des prêts, une balance commerciale déséquilibrée et des investissements plus prudents qu’auparavant. Le sommet, qui se tient du 4 au 6 septembre 2024, est une occasion pour Pékin de réaffirmer son influence, mais les attentes des pays africains commencent à s’essouffler.
Une relation sino-africaine sous pression
Lors de l’ouverture officielle du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), le président chinois Xi Jinping a exprimé son optimisme, déclarant que les relations entre la Chine et l’Afrique étaient à leur « meilleure période historique ». Il a réitéré l’engagement de la Chine à investir dans les infrastructures, l’industrie et l’agriculture, tout en promettant la création d’un million d’emplois sur le continent.
Pourtant, derrière ces déclarations, la réalité est plus complexe. Les prêts chinois, jadis massifs, ont été drastiquement réduits. Alors qu’en 2016, la Chine prêtait jusqu’à 30 milliards de dollars aux pays africains, ce montant a chuté de près de six fois l’année dernière. Ce déclin s’explique en partie par le ralentissement économique en Chine, mais aussi par les inquiétudes croissantes liées à l’endettement des pays africains, dont certains peinent à rembourser leurs emprunts.
Une coopération en demi-teinte
Depuis le début du XXIe siècle, la Chine a su s’imposer comme le premier partenaire commercial de l’Afrique. En 2024, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 167,8 milliards de dollars. La Chine a contribué à la construction de nombreuses infrastructures, comme des routes, des voies ferrées et des ports, tout en accédant aux vastes ressources minières du continent, notamment le cuivre, l’or et le lithium.
Cependant, cette coopération a aussi ses revers. Les investissements chinois, bien que significatifs, ne sont plus aussi dynamiques. Face à la concurrence accrue des États-Unis, la Chine adopte une approche plus prudente, réduisant ses prêts et se concentrant davantage sur des projets stratégiques. Par exemple, le projet de chemin de fer reliant la Tanzanie à la Zambie, initialement soutenu par Pékin, a pris du retard. Xi Jinping a néanmoins promis de relancer ce projet crucial pour l’exploitation des ressources naturelles dans cette région.
Des attentes africaines en demi-teinte
Malgré les annonces ambitieuses faites lors du sommet, de nombreux pays africains restent dans l’incertitude. Si certains accords bilatéraux ont été signés, comme celui entre la Zambie et PowerChina pour développer l’énergie solaire, ou encore la promesse d’un financement d’un milliard de dollars pour le projet ferroviaire Tanzanie-Zambie, beaucoup de projets sont suspendus à l’avenir des relations sino-africaines.
Le Nigeria, quant à lui, espère renforcer sa coopération dans le domaine des infrastructures, mais doit aussi faire face à une dette croissante vis-à-vis de la Chine. Avec plus de 8 milliards de dollars à rembourser, les discussions sur la restructuration de la dette deviennent de plus en plus pressantes. Le Kenya, autre grand bénéficiaire des prêts chinois, attend des engagements concrets pour la modernisation de ses infrastructures, notamment son réseau ferroviaire.
Un partenariat en quête de renouveau ?
En dépit de ces incertitudes, certains observateurs estiment que la Chine reste un partenaire clé pour l’Afrique, notamment dans la transition énergétique. António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, a rappelé que la coopération entre la Chine et l’Afrique pourrait jouer un rôle majeur dans la révolution des énergies renouvelables. Toutefois, pour que ce partenariat soit réellement bénéfique, il devra se réinventer, loin des seuls projets d’infrastructures et d’endettement.
Alors que les dirigeants africains repartent de Pékin avec des promesses de financement, la question reste : le continent peut-il encore vraiment attendre de cette coopération des bénéfices durables et équilibrés ? Le sommet de 2024 pourrait bien marquer un tournant dans les relations sino-africaines, mais il laisse en suspens de nombreuses questions sur l’avenir de cette collaboration.
La Rédaction

