Après plus de dix ans de présence sur le terrain, la MINUSCA amorce une réduction progressive de son dispositif. Une transition délicate pour un pays qui a retrouvé une relative stabilité politique mais dont les fragilités sécuritaires demeurent profondes.
À l’extrême nord de la République centrafricaine, la ville de Birao continue de vivre au rythme d’un environnement régional instable. Proche de la frontière soudanaise, cette région illustre à elle seule les contradictions d’un pays qui avance sur le chemin de la stabilisation tout en restant exposé à des menaces sécuritaires persistantes.
Depuis plusieurs années, la situation centrafricaine a connu une évolution notable. Les offensives rebelles qui faisaient planer la menace d’une chute de Bangui semblent désormais appartenir au passé. Les institutions fonctionnent de manière plus régulière, les élections se sont déroulées sans provoquer de nouvelle crise majeure et l’administration de l’État réapparaît progressivement dans plusieurs régions autrefois délaissées.
Cette amélioration constitue l’un des principaux succès de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), déployée depuis 2014 pour accompagner le pays dans sa sortie de crise.
Une nouvelle étape pour l’État centrafricain
L’achèvement du cycle électoral ouvert en 2025 a marqué un tournant important. La reconduction du président Faustin-Archange Touadéra, l’installation des nouvelles institutions et la mise en place du gouvernement de la Septième République témoignent d’un retour progressif à une forme de normalité institutionnelle.
Pour les Nations unies, cette évolution ouvre une nouvelle phase : celle du transfert progressif des responsabilités sécuritaires vers les autorités nationales.
L’objectif n’est plus seulement de protéger les populations, mais de permettre à l’État centrafricain d’assumer lui-même cette mission dans la durée. Cette stratégie implique une réduction graduelle de la présence onusienne afin d’éviter qu’une dépendance permanente ne s’installe.
La MINUSCA réduit progressivement son empreinte
Depuis le début de l’année, plusieurs bases de la mission ont été fermées ou transférées aux autorités centrafricaines. Certaines positions sécuritaires occupées jusque-là par les Casques bleus ont également été remises aux forces nationales.
Cette réorganisation traduit une volonté claire : concentrer les moyens disponibles dans les zones les plus sensibles tout en encourageant la montée en puissance des forces centrafricaines.
Mais cette transition reste particulièrement délicate. L’histoire récente des opérations de maintien de la paix montre qu’un retrait prématuré peut parfois anéantir des années d’efforts et ouvrir la voie à une résurgence des violences.
Des menaces encore bien présentes
Malgré les avancées enregistrées, la sécurité demeure fragile dans plusieurs régions.
Au nord-est, les répercussions de la guerre qui ravage le Soudan se font désormais sentir sur le territoire centrafricain. Des incursions armées et des attaques contre les civils sont régulièrement signalées dans les zones frontalières.
Au sud-est, certains groupes armés continuent de mener des opérations violentes, notamment dans les préfectures du Haut-Mbomou et du Mbomou. Ces foyers d’instabilité rappellent que la paix reste inégalement répartie sur le territoire.
Même si plusieurs mouvements rebelles ont officiellement déposé les armes à la suite de l’accord de paix signé en 2019, certaines milices conservent une influence locale et continuent de contrôler des portions du territoire.
Le véritable défi : construire une sécurité nationale durable
Pour Bangui, la question centrale n’est plus uniquement de mettre fin aux conflits, mais de bâtir un appareil sécuritaire capable d’empêcher leur retour.
Former des soldats, équiper les forces de sécurité, renforcer la chaîne logistique, développer les infrastructures et améliorer la gouvernance du secteur constituent désormais des priorités stratégiques.
Cette étape est souvent la plus difficile. La sécurité ne se décrète pas. Elle repose sur des institutions solides, des ressources financières suffisantes et une présence effective de l’État dans les régions les plus éloignées.
C’est précisément sur ce terrain que se jouera l’avenir de la Centrafrique. Si le transfert progressif des responsabilités entre la MINUSCA et les autorités nationales est mené avec prudence, le pays pourrait consolider les progrès réalisés ces dernières années. Dans le cas contraire, les fragilités encore visibles aux frontières et dans certaines provinces risquent de compromettre une stabilisation obtenue au prix de longs efforts.
La République centrafricaine entre ainsi dans une phase charnière de son histoire récente : celle où la paix doit cesser d’être portée par les Nations unies pour devenir pleinement une responsabilité nationale.
La Rédaction
Source : Organisation des Nations Unies (ONU Info / MINUSCA – Conseil de sécurité et communication officielle sur la situation en République centrafricaine)
et couverture associée des comptes et plateformes ONU (Conseil de sécurité / MINUSCA – déclarations de Valentine Rugwabiza)

