La machine communautaire d’Afrique centrale tourne au ralenti. Confrontée à une crise de trésorerie sans précédent, la Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a décidé de suspendre une partie de ses activités. Une mesure d’urgence qui révèle la fragilité budgétaire de l’institution chargée de piloter l’intégration régionale.
Dans une note interne, la Commission annonce une réduction drastique de son fonctionnement. Sont notamment concernées les réunions administratives, les missions officielles jugées non prioritaires et plusieurs programmes inscrits au budget 2026. L’objectif affiché : préserver le peu de ressources disponibles et concentrer l’action sur ce qui est considéré comme « hautement stratégique ».
Au cœur de cette crise se trouve la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principale source de financement de l’organisation. Prélevée sur les importations dans les États membres, cette taxe doit être reversée à la Commission pour assurer son fonctionnement. Or, la réalité est bien différente : en 2025, l’institution n’a perçu qu’environ la moitié des montants attendus. Résultat, une trésorerie sous tension permanente, incapable d’absorber les charges courantes.
Face à cette situation, le président de la Commission, l’Équato-Guinéen Baltasar Engonga, a lancé un appel pressant aux États membres afin qu’ils respectent leurs engagements financiers. Mais l’exercice est délicat. Plusieurs économies de la zone CEMAC évoluent sous contrainte, fragilisées par l’endettement, la baisse des recettes publiques et les déséquilibres budgétaires. La solidarité communautaire se heurte ainsi aux réalités nationales.
Concrètement, la Commission fonctionne désormais en service quasi minimum. Les projets non essentiels sont reportés, certaines activités techniques mises en veille et les déplacements limités. Une stratégie de survie qui, si elle se prolonge, pourrait coûter cher à l’ambition régionale.
Car au-delà de la gestion interne, l’impact est potentiellement lourd : ralentissement des projets d’infrastructures transfrontaliers, perturbations dans la mise en œuvre de la libre circulation, affaiblissement de la coordination économique et perte de crédibilité institutionnelle. Dans une région où l’intégration avance déjà à pas comptés, chaque mois de paralysie supplémentaire pèse sur la compétitivité et la cohésion.
La crise financière de la Commission agit ainsi comme un signal d’alarme. Sans discipline budgétaire collective et sans mécanisme efficace de recouvrement de la TCI, la CEMAC risque de voir son moteur institutionnel s’enrayer durablement, au moment même où l’Afrique centrale a besoin d’une gouvernance régionale forte pour faire face aux défis sécuritaires et économiques.
La Rédaction

