Lomé, 2 juin 2025 – Le départ récent du Directeur Central de l’Administration et des Finances (DCAF) de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET), M. Sédou Sonhouin, le 28 mai dernier, n’est pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un nettoyage en profondeur des entreprises publiques initié par l’État togolais.
Car avant lui, c’est le Directeur Général lui-même, M. Mawussi Kakatsi, remplacé dès mai 2020 à la tête de la CEET en raison de dysfonctionnements internes persistants, qui avait quitté ses fonctions, dans un climat tendu marqué par de graves anomalies dans le système de paiement mobile Tmoney et le règlement des achats d’énergie au Nigéria. Des soupçons de mauvaise gestion avaient précipité son départ, suivi de la nomination de M. Laré Santiégou Diog-Bath.
Un ménage ciblé dans les hautes sphères de l’énergie
Ces limogeages ne sont pas que symboliques. Ils traduisent une volonté politique assumée : remettre de l’ordre dans la gestion de l’une des entreprises les plus critiques du pays. La CEET, constamment déficitaire malgré des injections massives de fonds publics, représente à la fois un défi technique et un gouffre financier.
Entre 2020 et mi-2023, la dette contractée par l’État pour soutenir la CEET a plus que doublé, passant de 49,8 à 107,2 milliards FCFA. Une spirale dangereuse, alors même que les usagers continuent de subir des coupures fréquentes et que les services restent largement en deçà des attentes.
La réforme par la transparence
Face à cette situation, le gouvernement togolais, avec le soutien du Fonds monétaire international (FMI), a enclenché un programme ambitieux de réforme des entreprises publiques. Celui-ci repose sur trois piliers : des audits réguliers, la publication systématique des états financiers et la mise en place de contrats de performance. La CEET figure parmi les six sociétés stratégiques concernées, au même titre que la SNPT, le Port Autonome de Lomé (PAL), la TdE, l’UTB et la LONATO.
Objectif affiché : assainir les pratiques, professionnaliser les gestions et garantir que chaque franc injecté se traduise en amélioration concrète du service public. Un défi de taille, tant les habitudes de laxisme et d’opacité sont profondément ancrées dans ces structures.
La fin d’un système ?
Le départ du DCAF, peu médiatisé mais significatif, marque peut-être une nouvelle étape : celle de la rigueur administrative dans les seconds cercles de pouvoir. Après les directeurs généraux, ce sont désormais les responsables de la chaîne interne – finances, ressources humaines, logistique – qui sont visés par la politique de redressement.
Ce tournant pourrait s’étendre à d’autres sociétés publiques où les pertes financières sont devenues structurelles. L’heure est à la traque des gaspillages, à la réduction des interférences politiques et à la responsabilisation des gestionnaires.
Le cas de la CEET révèle un gouvernement décidé à sortir du cycle des déficits perpétuels et à imposer une nouvelle norme de gestion. Ce “grand ménage” ne pourra porter ses fruits que s’il va jusqu’au bout, sans compromis. L’avenir de secteurs clés comme l’électricité, l’eau ou les transports en dépend.
La Rédaction

