À l’heure où la CEDEAO célèbre ses cinquante ans d’existence, la question de la libre circulation des biens et des personnes reste au cœur des défis à relever pour concrétiser l’intégration régionale ouest-africaine.
Réunis récemment à Lomé à l’initiative de l’AOCTAH (Association Ouest Africaine du Commerce Transfrontalier des Produits Alimentaires, Agro-sylvo-pastoraux et Halieutiques), plus de 50 commerçants et opérateurs économiques venus de toute la sous-région ont suivi une session de formation sur les outils essentiels à la libéralisation des échanges dans l’espace CEDEAO.
Un cadre réglementaire méconnu, un commerce entravé
Le Schéma de Libéralisation des Échanges de la CEDEAO (SLE), censé faciliter les échanges entre les pays membres, souffre encore de lourdeurs dans sa mise en œuvre. Motchosso Justin Matitoma, secrétaire permanent de l’AOCTAH, déplore une double difficulté : la méconnaissance des textes par les commerçants eux-mêmes et un manque de volonté d’application par certaines autorités, parfois tentées de contourner les règles à leur avantage.
Pourtant, le protocole sur la libre circulation, premier texte fondateur signé par les États membres, était conçu pour permettre aux commerçants de se déplacer librement d’un pays à l’autre sans subir les tracasseries routières, les lenteurs administratives ou les barrières déguisées.
Un défi concret pour les petits commerçants
Sur le terrain, les blocages persistent : contrôles non officiels, prélèvements abusifs, normes incohérentes, taxes injustifiées… Ce sont surtout les petits commerçants, notamment les femmes, qui en paient le prix. Le commerce transfrontalier informel, pilier essentiel de l’économie locale, se trouve ainsi ralenti, voire découragé.
C’est dans cette optique que l’opération “Fluidité routière” a été lancée. Portée par l’AOCTAH, elle vise à créer un environnement favorable au commerce intégré, équitable et respectueux des textes communautaires. L’inclusion des femmes dans cette dynamique est également une priorité affichée.
Former pour mieux commercer
La session de Lomé s’inscrit dans une stratégie plus large : renforcer les compétences des acteurs afin qu’ils maîtrisent les règlements en vigueur. Les modules abordés couvrent l’ensemble des instruments régissant le commerce régional : schéma de libéralisation, tarif extérieur commun, procédures de transit, normes sanitaires, fiscalité régionale, règlement des litiges, etc.
Il ne s’agit pas seulement d’un simple transfert de connaissances : ces sessions offrent un espace de dialogue, où les commerçants peuvent exprimer leurs difficultés, identifier les opportunités et co-construire des solutions.
Une intégration à construire pas à pas
La vision d’une CEDEAO intégrée, solidaire et prospère ne peut se concrétiser sans des avancées concrètes sur la libre circulation. La fluidité du commerce régional est l’un des piliers d’une économie ouest-africaine capable de répondre aux défis de la souveraineté alimentaire, de l’interdépendance économique et de la résilience collective.
Comme le rappelle Matitoma : « Les États sont interdépendants et inter-complémentaires. Faciliter la circulation des biens, c’est permettre aux excédents alimentaires d’un pays de répondre aux déficits d’un autre. »
En misant sur la formation, la sensibilisation et la mobilisation des acteurs, l’AOCTAH et ses partenaires tracent la voie vers un commerce plus juste, plus fluide et plus inclusif, véritable moteur de l’intégration régionale.
La Rédaction

