C’est officiel : depuis ce 29 janvier, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ne font plus partie de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Annoncé il y a un an, ce retrait devient une réalité, redessinant profondément le paysage politique et économique de la région. Si cette décision marque une affirmation de souveraineté pour l’Alliance des États du Sahel (AES), elle soulève aussi de nombreuses incertitudes sur les implications pratiques de cette rupture.
Une sortie brutale… mais un pied dans l’Uemoa
Bien que le départ de la Cédéao soit désormais effectif, les trois États sahéliens restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Cette appartenance leur permet de conserver le franc CFA, maintenant ainsi une certaine stabilité économique et la continuité des échanges commerciaux avec leurs anciens partenaires.
Cependant, certains acquis disparaissent immédiatement. Dès aujourd’hui, la carte d’assurance automobile « carte brune » de la Cédéao n’est plus valable pour les citoyens du Mali, du Niger et du Burkina Faso. D’autres ajustements techniques suivront, à mesure que la transition se met en place.
Passeports et visas : la rupture est actée
L’AES a introduit son propre passeport, désormais disponible. Quant aux passeports de la Cédéao encore en circulation, ils restent utilisables à l’intérieur de l’AES jusqu’à leur expiration, mais ne sont plus reconnus dans les douze autres pays de la Cédéao à compter de ce jour.
Les règles de circulation évoluent également. L’AES autorise les citoyens de la Cédéao à entrer sans visa sur son territoire, mais la réciproque n’est pas garantie. Ce déséquilibre sera au cœur des futures négociations entre les deux blocs.
Un autre enjeu concerne les milliers de ressortissants de l’AES vivant et travaillant dans l’espace Cédéao. La question de leurs droits à la résidence, au travail et à l’entrepreneuriat devra être clarifiée dans les mois à venir.
Institutions, financements : une redistribution des cartes
Avec ce départ, l’avenir des infrastructures et institutions de la Cédéao situées sur le territoire de l’AES devient incertain. De nombreux fonctionnaires maliens, nigériens et burkinabè travaillent encore pour l’organisation. Leur statut est désormais en suspens.
Autre point sensible : les projets de développement financés par la Cédéao dans les trois pays sahéliens. Selon le professeur Jean-François Akandji-Kombé, spécialiste du droit communautaire africain, ces programmes couvrent des secteurs essentiels comme les infrastructures, l’accès à l’eau potable et le développement économique local. Certains projets étaient directement gérés par la Cédéao, tandis que d’autres passaient par l’Autorité du Liptako-Gourma, une structure préexistante regroupant déjà ces trois États.
Ces financements devront être renégociés, poursuivis sous une autre forme ou abandonnés, selon l’issue des discussions entre l’AES et la Cédéao.
Une transition sous haute tension
Malgré l’officialisation du retrait, la Cédéao a annoncé qu’elle maintiendrait temporairement certains privilèges pour les citoyens de l’AES. Jusqu’à nouvel ordre, les passeports et cartes d’identité portant le logo de la Cédéao restent valides, et les règles de libre circulation et de commerce continuent de s’appliquer.
Les fonctionnaires de la Cédéao originaires des trois pays conservent aussi leur emploi pour l’instant. Toutefois, cette situation ne saurait être permanente. La Conférence des chefs d’État de la Cédéao devra statuer dans les prochains mois sur les relations futures avec l’AES.
En parallèle, la Cédéao avait proposé un délai de six mois aux trois pays pour reconsidérer leur décision—une offre immédiatement rejetée par les dirigeants de l’AES, qui maintiennent leur volonté de rupture définitive.
Cédéao : un projet fragilisé, un avenir incertain
Le départ du Mali, du Niger et du Burkina Faso représente un coup dur pour la Cédéao. Son ambition d’intégration régionale, incarnée par la « Vision 2050 » centrée sur la stabilité et la prospérité partagée, est mise à l’épreuve par cette scission.
De plus, la Cédéao fait face à des accusations récurrentes de manipulation par des puissances étrangères, notamment la France. Si ces critiques ne sont pas nouvelles, elles prennent un relief particulier dans un contexte géopolitique tendu, où les alliances se redessinent en Afrique de l’Ouest.
Ce divorce, bien que désormais officiel, ne signifie pas la fin des négociations. L’avenir des relations entre l’AES et la Cédéao reste incertain, et les prochains mois seront déterminants pour définir les contours de cette nouvelle ère politique.
La Rédaction

