Emmanuel Macron a franchi un pas historique en reconnaissant officiellement que la France avait mené une guerre de décolonisation au Cameroun, marquée par des violences répressives massives avant et après l’indépendance de 1960. Ce geste, salué par des historiens et des militants de la mémoire, répond à des décennies de demandes de vérité et de reconnaissance.
Une déclaration attendue depuis plus de 60 ans
Dans une lettre adressée le 30 juillet 2025 au président camerounais Paul Biya, rendue publique deux semaines plus tard, le chef de l’État français a affirmé que la France « a mené une guerre contre des mouvements insurrectionnels » au Cameroun, reconnaissant l’ampleur des violences exercées par l’armée coloniale et ses alliés locaux.
Jusqu’ici, les autorités françaises parlaient d’« opérations de maintien de l’ordre », évitant le terme « guerre ». Cette évolution lexicale et politique constitue une rupture avec la position officielle tenue depuis les années 1960.
Un rapport historique déterminant
Cette reconnaissance s’appuie sur les travaux d’une commission mixte franco-camerounaised’historiens, lancée en 2022 et présidée par des chercheurs des deux pays. Remis à Emmanuel Macron en janvier 2025, le rapport établit que le conflit a causé la mort de dizaines de milliers de personnes, bien au-delà des 7 500 combattants recensés.
Les conclusions détaillent :
• L’usage systématique de la torture et des exécutions sommaires.
• Des déplacements forcés de populations entières.
• La destruction de villages soupçonnés de soutenir la rébellion.
Vers une mémoire partagée
La commission recommande plusieurs mesures concrètes :
• Discours officiels de reconnaissance en France et au Cameroun.
• Création de lieux de mémoire et de plaques commémoratives.
• Journée nationale de commémoration dédiée aux victimes.
• Intégration du conflit dans les programmes scolaires.
• Facilitation de la recherche historique avec un accès élargi aux archives.
Ces préconisations visent à inscrire cette histoire dans les mémoires collectives des deux pays.
Une portée diplomatique et symbolique
Cette reconnaissance s’inscrit dans une stratégie plus large de réconciliation historique engagée par Emmanuel Macron avec plusieurs pays africains, après des gestes similaires sur l’Algérie et le Rwanda.
Pour le Cameroun, ce geste ouvre la voie à un dialogue plus apaisé et à une meilleure compréhension des blessures du passé.
Pour la France, il s’agit de renforcer sa crédibilité en Afrique, dans un contexte de concurrence diplomatique accrue.
En admettant la réalité d’une guerre de décolonisation au Cameroun, la France franchit un cap historique. Si la déclaration présidentielle marque une étape majeure, son impact réel dépendra de la mise en œuvre des mesures de mémoire préconisées et de la capacité des deux pays à construire un récit partagé.
La Rédaction

