Un rapport récent de Human Rights Watch révèle que des prêts de microfinance accordés à des communautés autochtones au Cambodge ont conduit à des ventes de terres forcées, au surendettement et à de graves violations des droits humains. Les investisseurs internationaux, dont la Société financière internationale (SFI) de la Banque mondiale, sont impliqués dans ces pratiques préjudiciables. (Source : Human Rights Watch)
Des prêts prédateurs ciblant les terres autochtones
Au Cambodge, certaines institutions de microfinance (IMF) ont proposé des prêts aux communautés autochtones avec des conditions qui dépassent largement leur capacité de remboursement. Les offres étaient souvent présentées à travers des agents de crédit et des documents en khmer, langue que beaucoup d’emprunteurs ne comprennent pas. Les prêts étaient parfois garantis par les terres des communautés, malgré les protections légales existantes. (Source : Human Rights Watch)
Les conséquences ont été dramatiques : ventes de terres forcées, perte d’accès à l’éducation et aux soins de santé, insécurité alimentaire et, dans certains cas, suicides liés à l’endettement. Les emprunteurs ont également rapporté avoir subi des pressions constantes pour contracter davantage de prêts ou vendre leurs terres, parfois sous la menace de poursuites judiciaires fictives. (Source : Human Rights Watch)
L’impact sur la vie des communautés
Les témoignages recueillis par Human Rights Watch entre février et octobre 2024 dans la province de Ratanakiri illustrent l’ampleur du problème. Une cultivatrice de 62 ans expliquait ne pas pouvoir lire ni écrire le khmer et se sentait forcée de contracter des prêts malgré sa volonté de refuser. Une ouvrière agricole a décrit les menaces répétées d’arrestation pour non-remboursement, tandis qu’un producteur de noix de cajou a détaillé les effets physiques et psychologiques du stress lié aux pressions exercées par les agents de crédit. (Source : Human Rights Watch)
Ces pratiques compromettent également le processus d’obtention de titres fonciers collectifs, essentiels pour la protection légale des terres autochtones. L’utilisation de « titres souples » comme garantie empêche en effet la collecte complète de ces documents et fragilise la reconnaissance juridique des terres communautaires. (Source : Human Rights Watch)
Les responsabilités des investisseurs et du gouvernement
Le rapport souligne les manquements des régulateurs cambodgiens et des investisseurs internationaux, qui n’ont pas respecté les normes de diligence raisonnable en matière de droits humains. Malgré la reconnaissance dès 2015 du risque de surendettement dans le secteur, la SFI a continué d’investir plus de 438 millions de dollars entre 2016 et 2021. Une enquête a été déclenchée en 2022 suite à une plainte officielle des organisations locales de défense des droits humains. (Source : Human Rights Watch)
Human Rights Watch recommande que toutes les parties prenantes – régulateurs, investisseurs et IMF – garantissent l’accès à des recours, y compris l’annulation ou la restructuration de la dette et la restitution des terres acquises par ventes forcées. Il est également crucial de créer un mécanisme indépendant de traitement des plaintes conforme aux Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. (Source : Human Rights Watch)
Témoignages frappants
• Une cultivatrice autochtone Kouy de 62 ans : « Je ne comprends aucun de mes documents de prêt. Même si je ne voulais pas emprunter, ils m’ont dit : “Comment allez-vous rembourser vos autres prêts si vous n’empruntez pas davantage ?” » (Source : Human Rights Watch)
• Une ouvrière agricole Kachok : « Ils nous menaçaient de poursuites judiciaires pour nous forcer à payer, même sans fondement légal. Je craignais d’être mise en prison. » (Source : Human Rights Watch)
• Un producteur Jarai de noix de cajou : « Quand l’agent de crédit me menace, je me sens faible, vertigeux, et je ne supporte pas le stress. Ils m’ont dit : “Si vous avez des terres, vendez-les pour nous rembourser.” » (Source : Human Rights Watch)
Les prêts de microfinance au Cambodge, initialement conçus pour soutenir le développement économique, ont été détournés au détriment des communautés autochtones. Human Rights Watch insiste sur la nécessité pour les investisseurs et les autorités de garantir la protection des droits humains et de réparer les dommages causés par ces pratiques prédatrices.
La Rédaction
(Source : Human Rights Watch)

