Le Burundi a officiellement éliminé le trachome comme problème de santé publique, devenant ainsi un modèle en Afrique pour la lutte contre les maladies tropicales négligées.
Une reconnaissance mondiale
Le 14 juillet 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé que le Burundi a éradiqué le trachome en tant que menace sanitaire publique. Ce succès place le pays parmi les huit nations africaines ayant atteint cet objectif, et marque la première maladie tropicale négligée éliminée sur son territoire.
Le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué cet accomplissement :
« Le Burundi démontre qu’avec engagement et stratégie, il est possible d’éliminer une maladie évitable même dans les zones les plus vulnérables. »
Qu’est-ce que le trachome ?
Le trachome est une infection bactérienne causée par Chlamydia trachomatis. Transmis par contact direct ou via des mouches et surfaces contaminées, il provoque une inflammation chronique des paupières. Répétée, l’infection entraîne des lésions oculaires graves pouvant aller jusqu’à la cécité. Le trachome touche surtout les zones pauvres, où l’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à un environnement sain est limité.
Deux décennies d’engagement
Jusqu’en 2007, aucun chiffre officiel ne permettait d’évaluer la présence du trachome au Burundi. Entre 2009 et 2010, le gouvernement a lancé une cartographie nationale des maladies tropicales négligées, révélant que le trachome était endémique dans plusieurs districts. Une vaste opération de lutte a été alors déployée dans 12 districts sanitaires, couvrant plus de 2,5 millions de personnes.
La stratégie SAFE : pilier du succès
Le programme a reposé sur la stratégie SAFE de l’OMS :
• chirurgie pour corriger les paupières endommagées,
• antibiotiques pour traiter l’infection,
• hygiène faciale pour prévenir la transmission,
• amélioration de l’environnement pour assainir les cadres de vie.
Des partenaires comme CBM, l’END Fund, Geneva Global et l’OMS ont apporté un soutien technique et financier déterminant. Le laboratoire Pfizer, via l’International Trachoma Initiative, a fourni gratuitement l’antibiotique azithromycine.
Un triomphe salué par les autorités
La ministre burundaise de la Santé, Dr Lydwine Baradahana, a souligné l’importance de cette victoire collective :
« Ce succès est celui de toute une nation, soutenue par des partenaires engagés. Il reflète notre détermination à garantir la santé pour tous, sans exception. »
Même enthousiasme du côté du représentant de l’OMS au Burundi, Dr Xavier Crespin, qui salue une « victoire pour les plus vulnérables, obtenue grâce à une forte mobilisation communautaire et à une vision politique claire ».
Le trachome toujours présent ailleurs en Afrique
Malgré ce progrès, le trachome demeure une menace dans 32 pays, en particulier en Afrique, qui concentre 90 % des personnes à risque dans le monde. En 2024, environ 93 millions de personnesavaient encore besoin d’un traitement antibiotique, contre 189 millions en 2014, soit une baisse de 51 % en dix ans.
Des pays comme l’Éthiopie, le Nigeria, le Kenya ou l’Ouganda poursuivent encore les interventions. Le Burundi rejoint désormais un groupe restreint de pays africains – Bénin, Togo, Ghana, Gambie, Mali, Malawi, Mauritanie – qui ont atteint les critères de l’OMS pour l’élimination.
Une dynamique mondiale encourageante
À l’échelle mondiale, 57 pays ont éliminé au moins une maladie tropicale négligée, et parmi eux, 24 sont parvenus à éradiquer spécifiquement le trachome. Des pays comme l’Inde, la Chine, le Maroc, l’Arabie saoudite ou encore le Cambodge font partie de ce groupe restreint, aux côtés désormais du Burundi.
Le parcours du Burundi illustre que même les pays disposant de ressources limitées peuvent atteindre des objectifs de santé publique ambitieux grâce à une vision stratégique, des partenariats solides et une mobilisation communautaire continue.
La Rédaction

