En quête de nouveaux relais logistiques pour soutenir son commerce extérieur, le Burkina Faso veut renforcer la présence de son secteur privé au Togo. Une délégation de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso a engagé à Lomé des discussions centrées sur la Plateforme industrielle d’Adétikopé et sur l’utilisation accrue des infrastructures portuaires togolaises, devenues essentielles pour les économies enclavées de l’Alliance des États du Sahel.
Lomé — Pour le Burkina Faso, la bataille de la compétitivité se joue aussi loin de ses frontières. Pays sans accès à la mer, il dépend de corridors régionaux capables d’acheminer ses importations, d’écouler ses productions et de réduire les coûts qui pèsent sur ses entreprises.
C’est dans cette logique qu’une délégation de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso, conduite par Fousséni Koné, directeur général adjoint chargé des Infrastructures de développement durable, a effectué une mission de prospection à Lomé. Les échanges avec les autorités togolaises et la Chambre de commerce et d’industrie du Togo ont porté sur de nouvelles possibilités d’investissement et sur une intégration plus étroite des opérateurs burkinabè dans l’écosystème logistique togolais.
Adétikopé, nouveau point d’ancrage du secteur privé burkinabè
La Plateforme industrielle d’Adétikopé figure au centre des discussions. Implantée à proximité de Lomé, elle associe zones industrielles, entrepôts, services logistiques et espaces dédiés à la transformation et au commerce.
Pour les entreprises burkinabè, l’intérêt de la plateforme dépasse la simple location d’infrastructures. Elle peut servir de base arrière pour le stockage, le conditionnement, la redistribution et, à terme, la transformation de marchandises destinées aux marchés ouest-africains.
Ouagadougou souhaite ainsi accroître la présence de ses opérateurs sur ce site, afin de raccourcir les circuits d’approvisionnement et de mieux connecter son économie aux flux internationaux. Une telle implantation pourrait également faciliter les partenariats avec les entreprises togolaises et renforcer les échanges entre les deux secteurs privés.
Le port de Lomé, débouché vital pour les pays de l’intérieur
L’enjeu principal reste l’accès maritime. Pour le Burkina Faso, comme pour le Mali et le Niger, les ports du golfe de Guinée constituent des infrastructures vitales. Le port autonome de Lomé bénéficie, dans cette compétition régionale, de plusieurs avantages : sa profondeur, sa capacité de transbordement et sa connexion aux corridors routiers vers l’intérieur du continent.
Dans un environnement marqué par l’instabilité sécuritaire et par la recomposition des alliances politiques en Afrique de l’Ouest, la sécurisation des chaînes logistiques devient une priorité stratégique. Le Burkina Faso cherche à diversifier ses points d’entrée et de sortie afin de réduire sa dépendance à un seul corridor et de limiter l’impact des perturbations frontalières.
Le rapprochement avec le Togo s’inscrit donc dans une logique pragmatique. Les tensions institutionnelles entre l’AES et la CEDEAO n’annulent pas les réalités géographiques : les économies sahéliennes ont besoin des ports côtiers, tandis que les États littoraux ont intérêt à capter les flux commerciaux de l’hinterland.
Une coopération dictée par la géographie économique
La mission burkinabè souligne ainsi la permanence des interdépendances régionales. Malgré les recompositions diplomatiques, les marchandises, les entreprises et les chaînes d’approvisionnement continuent d’obéir à des impératifs de distance, de coût et de fiabilité.
Pour le Togo, l’intensification des échanges avec le Burkina Faso renforcerait le rôle de Lomé comme plateforme logistique de référence pour le Sahel. Elle pourrait également accroître les volumes traités par le port et stimuler les investissements dans le transport, l’entreposage et les services industriels.
Pour Ouagadougou, l’enjeu est d’obtenir de meilleures conditions d’accès aux infrastructures, d’accélérer les formalités et d’offrir à ses entreprises des solutions logistiques plus compétitives. Le succès de cette stratégie dépendra toutefois de la fluidité des corridors, de la sécurité des routes et de la capacité des administrations à réduire les coûts et les délais.
Au-delà des annonces, le rapprochement entre les deux secteurs privés traduit une évidence économique : dans une Afrique de l’Ouest politiquement fragmentée, les chaînes logistiques continuent de relier ce que la diplomatie tend parfois à séparer.
La Rédaction
Source : Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso ; Chambre de commerce et d’industrie du Togo ; informations communiquées lors de la mission de prospection à Lomé.

