Face à la montée des propos extrémistes sur les réseaux sociaux, près de 250 imams et prédicateurs ont été formés pour promouvoir un islam de paix et protéger la cohésion nationale.
Ouagadougou – Au Burkina Faso, la parole religieuse prend désormais un nouveau tournant. Près de 250 imams, prêcheurs et prédicateurs ont été sensibilisés aux dangers des discours haineux sur les réseaux sociaux. Dans un pays marqué par un contexte sécuritaire tendu, le ministère de la Sécurité rappelle que la lutte contre ces dérives verbales est devenue une priorité nationale.
À l’origine de cette initiative : les nombreux débordements observés ces derniers mois sur les plateformes numériques, où des figures religieuses, parfois suivies par des milliers d’internautes, ont diffusé des propos violents, discriminatoires ou incitatifs à la division.
Un guide pour encadrer la parole religieuse
Pour répondre à cette urgence morale, un guide de conduite a été présenté à l’issue de la session. Il interdit explicitement tout usage du discours islamique « pour troubler la quiétude et la stabilité dans le pays », souligne Seyni Nana, membre du Comité d’écoute du discours islamique. Sont désormais proscrits : les insultes, les moqueries envers les symboles religieux, la diffamation des associations ou les appels au rejet de communautés.
L’objectif est clair : restaurer l’autorité morale des leaders religieux et recentrer leurs messages sur la paix, l’unité nationale et le vivre-ensemble. La Fédération des associations islamiques du Burkina Faso (FAIB) est en première ligne. Son secrétaire exécutif national, Adama Sakandé, a lancé un appel solennel à l’ensemble des musulmans, notamment les jeunes : « Désormais, les choses ne seront plus comme avant. La FAIB appelle tous les acteurs musulmans à faire preuve de responsabilité dans leur expression. »
Un code de conduite assorti de sanctions
Ce nouvel encadrement ne se limite pas aux incantations. Le non-respect du code pourra entraîner des sanctions : avertissements, suspension, voire interdiction de prêcher pendant deux ans en cas de récidive ou de faute grave. Une réponse forte pour dissuader les comportements à risque, dans un contexte où la moindre étincelle verbale peut aggraver les tensions communautaires.
Des précédents alarmants
La FAIB ne part pas de zéro. En octobre 2024, déjà, elle avait alerté contre des appels lancés par des prédicateurs à attaquer d’autres courants de l’islam. Ces appels à la violence avaient entraîné la mise en place d’un comité de vigilance et l’interdiction de prêcher pour un prédicateur radicalisé, sur décision du Conseil supérieur des oulémas.
Plus tôt encore, en 2022, une vaste rencontre nationale avec plus de 700 imams avait mis en lumière la même inquiétude : celle de voir les réseaux sociaux devenir des outils de discorde, au détriment de l’image de l’islam et de la cohésion sociale.
Un islam de responsabilité à l’ère numérique
Avec cette mobilisation renouvelée, les autorités religieuses du Burkina Faso rappellent que le message de l’islam ne peut être utilisé pour semer la haine ou la division. Dans une société déjà éprouvée par les violences djihadistes et les fractures communautaires, la parole des guides spirituels a plus que jamais un rôle pacificateur à jouer.
La Rédaction

