Plus de 30 ans après la fin officielle de l’apartheid, l’Afrique du Sud est toujours hantée par les crimes impunis de cette période. Vingt-cinq familles de victimes et des militants survivants intentent une action en justice contre le gouvernement de Cyril Ramaphosa, accusé d’avoir entravé les enquêtes sur ces exactions.
Un combat judiciaire pour la vérité et la justice
La plainte, déposée le 22 janvier devant la Haute Cour de Pretoria, cible directement le président sud-africain, les ministres de la Justice et de la Police, ainsi que les dirigeants du parquet et de la police nationale. Les plaignants dénoncent “un manquement flagrant” à faire la lumière sur les crimes politiques de l’apartheid et réclament 167 millions de rands de dommages-intérêts.
Ils demandent également la création d’une commission d’enquête indépendante sur les ingérences politiques qui auraient conduit à l’abandon de centaines d’affaires criminelles. Parmi elles, l’assassinat des Cradock Four en 1985, quatre militants anti-apartheid tués par des agents du régime ségrégationniste. Malgré le refus d’amnistie pour plusieurs responsables, aucune poursuite n’a été engagée.
Des décennies d’impunité dénoncées
Après l’élection de Nelson Mandela en 1994, la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), dirigée par l’archevêque Desmond Tutu, avait accordé environ 850 amnisties en échange d’aveux. Mais elle avait aussi recommandé des poursuites judiciaires dans plus de 300 affaires. Or, selon la plainte, ces dossiers ont été enterrés par des décisions politiques entre 2003 et 2017, privant ainsi les familles de justice.
Le gouvernement sud-africain rejette ces accusations et affirme respecter les processus judiciaires en vigueur. Pourtant, pour les familles des victimes, le temps presse : de nombreux témoins et responsables clés sont aujourd’hui décédés.
Un procès attendu pour relancer les enquêtes
Outre la reconnaissance de l’obstruction étatique, cette action vise à obtenir un financement pour relancer les enquêtes, mener des actions éducatives et organiser des commémorations. Un nouveau procès sur les Cradock Four est prévu cette année, suscitant l’espoir d’une avancée judiciaire.
Mais dans un pays où l’histoire de l’apartheid reste une plaie ouverte, cette bataille juridique s’annonce longue et incertaine.
La Rédaction

