À Ouagadougou, les autorités entreprennent de revoir la manière dont l’histoire africaine est enseignée. Termes hérités de la colonisation, figures de résistance et références nationales sont au cœur d’une réforme qui entend redonner aux élèves une autre lecture de leur passé.
Au Burkina Faso, la rentrée scolaire 2026-2027 marque un changement dans l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de l’instruction civique. Le gouvernement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré veut débarrasser les programmes de formulations considérées comme dévalorisantes pour les peuples africains et accorder davantage de place aux résistances à la colonisation.
Le ministre de l’Enseignement secondaire, Moumouni Zoungrana, a précisé les orientations de cette réforme lors d’une présentation organisée le 7 octobre à Ouagadougou. Baptisée « décolonisation des savoirs », la démarche vise à rééquilibrer les récits historiques et à promouvoir les références culturelles et nationales.
Des explorateurs aux envahisseurs
L’un des changements les plus significatifs concerne le vocabulaire employé dans les cours. Certaines personnalités européennes, traditionnellement présentées comme des explorateurs ou des conquérants, pourraient désormais être désignées comme des envahisseurs, selon le rôle joué dans l’expansion coloniale.
Des figures comme Louis-Gustave Binger ou François Crozat sont notamment citées parmi les exemples concernés. À l’inverse, les résistants africains, parfois décrits négativement dans les anciens récits scolaires, doivent retrouver une place plus importante dans les enseignements.
Pour Moumouni Zoungrana, il ne s’agit pas simplement de remplacer quelques expressions, mais de modifier une présentation historique qui, selon lui, a trop longtemps privilégié les défaites africaines au détriment des résistances et des réalisations locales.
Des consignes déjà appliquées, des livres encore inchangés
La réforme entre progressivement dans les salles de classe. Si les manuels scolaires n’ont pas encore été entièrement réédités, des enseignants disposent déjà d’un document indiquant les termes à éviter, les chapitres à retirer et les contenus à introduire.
Cette première étape permet au gouvernement d’engager la révision pédagogique sans attendre la production de nouveaux ouvrages. Elle soulève néanmoins la question de l’accompagnement des enseignants et de l’harmonisation des contenus à l’échelle nationale.
L’initiative s’inscrit dans la politique de souveraineté revendiquée par les autorités burkinabè, qui souhaitent renforcer la maîtrise nationale de l’éducation et de la transmission des savoirs.
Réhabiliter la mémoire sans affaiblir l’histoire
Au-delà de la dimension politique, cette réforme pose une question éducative essentielle : comment transmettre une histoire débarrassée des représentations coloniales sans substituer un récit exclusivement national à l’exigence de rigueur scientifique ?
La valorisation des résistances africaines peut enrichir les programmes, à condition de préserver la diversité des sources, l’analyse critique et la complexité des événements historiques.
Pour le Burkina Faso, l’enjeu sera donc de faire de cette réappropriation des savoirs un véritable progrès pédagogique. Car changer les mots employés dans les manuels ne suffira pas : il faudra également donner aux élèves les moyens de comprendre leur histoire dans toute sa profondeur.
La Rédaction

