À Ouagadougou, ce qui ressemblait à une simple contestation commerciale s’est brutalement transformé en affaire politico-militaire. Plusieurs commerçants de motos, après avoir dénoncé une opération gouvernementale sur les prix, ont mystérieusement disparu… avant de réapparaître en tenue militaire, face caméra, présentant leurs excuses. Une séquence saisissante, qui soulève autant d’inquiétudes que de questions.
Tout commence par une opération de contrôle
Dans un contexte d’inflation persistante, le ministère du Commerce du Burkina Faso a lancé une opération de régulation sur les prix des motos. Sur les marchés de la capitale, les contrôles révèlent des irrégularités majeures : absence de factures, véhicules d’origine douteuse, non-conformité administrative. Résultat : fermetures de boutiques et saisies en série.
Mais la réaction des commerçants ne tarde pas. Dans une vidéo virale, certains d’entre eux dénoncent publiquement l’inefficacité des ministres du Commerce et des Transports. Ils demandent leur démission, applaudis par une foule visiblement acquise à leur cause.
Des voix critiques qui s’évanouissent
Quelques heures après la publication de cette vidéo contestataire, six commerçants sont portés disparus. Leurs proches alertent, les réseaux sociaux s’enflamment, mais aucune communication officielle ne vient éclairer cette disparition.
Puis, ce samedi, deux des disparus réapparaissent… dans des vidéos pour le moins inhabituelles. En uniforme militaire, les bras croisés, visage fermé, ils présentent leurs excuses au gouvernement. L’un évoque une réaction « sous l’effet de la foule », l’autre affirme avoir été manipulé par un revendeur. Tous deux appellent les Burkinabè à « soutenir les autorités ».
Des excuses… en treillis
Le contraste est saisissant : de civils contestataires à figures de discipline en tenue militaire, le virage est brutal. L’absence de toute mention du lieu de détention ou des circonstances de leur réapparition alimente les soupçons. Ces vidéos sont-elles spontanées ou orchestrées ? Pourquoi l’uniforme ? Et surtout : où sont passés les autres disparus ?
Le ministère du Commerce, lui, reste sur sa ligne : un mois est accordé aux commerçants pour se mettre en conformité avec la nouvelle réglementation. Faute de quoi, de nouvelles sanctions seront appliquées.
Un climat de plus en plus tendu
Cet épisode intervient dans un climat déjà tendu, marqué par une transition politique dirigée par une junte militaire. Le pouvoir cherche à restaurer l’autorité de l’État, parfois au détriment des libertés publiques. La mise en scène des excuses interroge sur les méthodes employées pour faire taire la critique.
Au-delà des commerçants concernés, une question s’impose : au Burkina Faso, peut-on encore contester sans disparaître ?
La Rédaction

