Au Bénin, 336 cas de mariage d’enfants ont été enregistrés entre janvier 2025 et juin 2026 par la Ligne d’assistance aux enfants. Un chiffre préoccupant, qui ne mesure pourtant qu’une partie du phénomène. Alors que le pays s’est doté d’un programme national de lutte, l’enjeu consiste désormais à intervenir suffisamment tôt pour empêcher ces unions plutôt qu’à les constater.
Derrière les 336 cas recensés se trouvent autant de parcours d’enfants exposés à une rupture précoce avec l’école, à une dépendance accrue et à des conséquences durables sur leur autonomie. Selon les données présentées le 6 octobre à Cotonou, 223 cas ont été enregistrés en 2025, puis 113 au premier semestre 2026.
Ces chiffres proviennent de la Ligne d’assistance aux enfants (LAE). Ils renseignent donc sur les situations parvenues jusqu’au dispositif de protection, mais ne sauraient être assimilés à un recensement exhaustif de tous les mariages d’enfants au Bénin.
Prévenir avant que le mariage ne soit conclu
C’est précisément là que se situe l’un des principaux défis. Les autorités veulent renforcer les signalements, mais aussi intervenir en amont, lorsque des filles risquent d’être retirées de l’école ou engagées dans une union précoce.
La ministre de la Famille et de l’Action sociale, Véronique Tognifodé, appelle ainsi les familles, communautés et acteurs de la protection de l’enfance à dénoncer les tentatives de mariage et à agir sur les normes sociales qui entretiennent la pratique.
L’enjeu dépasse la seule protection juridique. Le mariage précoce peut interrompre la scolarité, limiter l’accès à une qualification et réduire, à plus long terme, les possibilités d’autonomie économique des filles. Prévenir ces unions revient donc également à investir dans leur éducation et leur capacité à décider de leur avenir.
Un programme national désormais confronté à l’épreuve des moyens
Le Bénin dispose depuis septembre 2025 d’un Programme national de lutte contre le mariage des enfants. L’ambition affichée est importante : faire reculer la prévalence du phénomène de 33 % en 2019 à 15 % à l’horizon 2029.
Mais une stratégie nationale ne peut produire des résultats durables sans financement. La rencontre organisée à l’occasion de la Journée internationale de la fille a ainsi placé la mobilisation des ressources au centre des discussions. Le gouvernement entend sécuriser davantage de financements nationaux, inscrire l’appui des partenaires dans la durée et développer des mécanismes de financement à impact social.
Donner aussi la parole aux premières concernées
La lutte contre le mariage des enfants pose enfin la question de la place accordée aux filles elles-mêmes dans les décisions publiques. Bignon Laura Violenne Sohou, présidente du Conseil consultatif national des enfants du Bénin, a plaidé pour que leurs priorités soient davantage intégrées aux politiques qui les concernent.
Les 336 cas enregistrés constituent ainsi moins un bilan définitif qu’un signal d’alerte. Pour le Bénin, le véritable indicateur de progrès sera sa capacité à détecter les situations à risque suffisamment tôt, maintenir les filles à l’école et empêcher qu’une union précoce ne vienne décider de leur avenir à leur place.
La Rédaction
Sources : Gouvernement du Bénin, ministère de la Famille et de l’Action sociale, 6 octobre 2026 ; Programme national de lutte contre le mariage des enfants (PNLME) ; données de la Ligne d’assistance aux enfants (LAE).

