Alors que les bailleurs internationaux durcissent leurs exigences en matière de redevabilité, le Togo accueille cette semaine un événement stratégique pour l’avenir des politiques publiques africaines. Du 12 au 14 juin, Lomé devient le théâtre d’Africa Leads, un atelier régional organisé par la Banque mondiale, axé sur l’évaluation d’impact des projets de développement. Une centaine de décideurs, chercheurs et praticiens venus de quinze pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre y explorent les moyens d’optimiser les financements dans un contexte de crises multiples.
Repenser l’efficacité des projets grâce à la rigueur scientifique
Face à la raréfaction des ressources et à l’urgence climatique, Africa Leads promeut une approche fondée sur les données dès la phase de conception des programmes, qu’il s’agisse de santé, d’éducation ou de transition numérique. « L’Afrique ne peut plus se permettre de gaspiller des fonds. Chaque dollar doit avoir un effet mesurable sur les populations », martèle Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, présent à Lomé pour l’ouverture.
Le choix du Togo comme hôte ne doit rien au hasard. Le pays est devenu un laboratoire régional de l’évaluation d’impact, avec des outils innovants comme le Tableau de bord communautaire, qui permet aux citoyens de suivre en temps réel les progrès des projets locaux. « Cette transparence renforce la confiance et l’adhésion sociale », souligne Kodjo Adédzé, ministre togolais de la Planification. Il rappelle que 70 % des programmes publics sont désormais soumis à un suivi-évaluation rigoureux, conformément à la Feuille de route gouvernementale 2025.
Agriculture, numérique, inclusion : des résultats concrets
Parmi les études de cas présentées, certaines illustrent concrètement les bénéfices de cette approche. Au nord du Togo, la digitalisation des coopératives agricoles, évaluée en profondeur, a révélé une augmentation de 40 % des revenus des producteurs, grâce à l’accès aux données météo. Au Bénin, une évaluation randomisée d’un programme de cantines scolaires a permis d’ajuster les menus pour mieux lutter contre la malnutrition infantile.
« Les pays africains produisent désormais leurs propres preuves scientifiques, ce qui change la donne dans les négociations avec les partenaires techniques », se réjouit Aïcha Koné, chercheuse ivoirienne en économie du développement. Ce tournant est salué par la Banque mondiale, qui conditionne désormais certains de ses financements à l’intégration de ces méthodologies.
Former, structurer, anticiper : les défis à relever
L’atelier met aussi en lumière les obstacles. « De nombreux gouvernements manquent encore d’experts locaux formés à ces outils », regrette Emmanuel Djimtoingar, responsable d’un programme d’accès à l’eau au Tchad. Pour répondre à ce déficit, la Banque mondiale annonce un fonds de 15 millions de dollars destiné à former 500 évaluateurs d’ici 2026, en ciblant en priorité les zones rurales.
En toile de fond, l’urgence climatique s’impose comme une priorité transversale. « Les modèles d’évaluation doivent inclure des indicateurs de résilience, notamment dans l’agriculture et les infrastructures », avertit Diagana. Un impératif douloureusement illustré par les inondations de 2023 au Togo, qui ont anéanti en quelques jours les progrès de développement de plusieurs années dans certaines localités.
Vers une souveraineté africaine en matière d’évaluation
Au-delà des méthodologies, Africa Leads pose une question plus large : celle de l’autonomie africaine dans la définition des critères de réussite. « Nos partenaires doivent comprendre qu’un projet réussi en Afrique ne se mesure pas seulement au PIB, mais aussi à la réduction des inégalités ou à la préservation des cultures locales », affirme Fatoumata Bâ, sociologue sénégalaise.
Les participants planchent d’ailleurs sur la création d’un réseau africain d’évaluateurs indépendants, afin d’harmoniser les pratiques tout en respectant les spécificités régionales. Une ambition qui positionne le Togo non plus comme simple exemple, mais comme moteur d’une nouvelle gouvernance du développement.
La Rédaction

