Les rues de Bagdad, autrefois animées par une diversité de passants, voient aujourd’hui disparaître les femmes. En voiture ou à pied, elles deviennent de plus en plus rares, repoussées par un environnement hostile marqué par le machisme et l’oppression verbale. Cette réalité, révélée par le média indépendant irakien Jummar, illustre l’exclusion des femmes de l’espace public.
Dès l’enfance, l’espace public leur échappe
Pour les petites filles, la rue est souvent interdite. Jouer dehors est un privilège réservé aux garçons. En grandissant, la situation ne s’améliore pas. Qu’elles soient étudiantes, mères ou travailleuses, les femmes subissent des regards réprobateurs, des remarques déplacées et, parfois, des agressions verbales ou physiques. La rue, censée être un lieu de partage, devient un bastion masculin où les femmes doivent se justifier de leur présence.
En Irak, un homme se qualifiant de “gars de la rue” (Ibn Sherii) valorise sa capacité à s’adapter et à s’imposer. En revanche, l’expression “femme de la rue” est une insulte, synonyme de déshonneur. Cette dualité renforce une domination masculine où les femmes sont perçues comme des intruses lorsqu’elles arpentent l’espace public.
Harcèlement quotidien et pressions sociales
Masarra, 21 ans, vit cette réalité au quotidien. Étudiante à Bagdad, elle habite le quartier de Karrada, réputé central et animé. Un matin, après avoir passé des heures à réviser, elle décide de sortir pour prendre l’air. Mais son envie d’évasion tourne court.
“Sur le chemin du parc, j’ai été suivie par des hommes qui me lançaient des remarques obscènes. À un moment, une voiture s’est arrêtée devant moi pour m’intimider. J’ai dû rebrousser chemin,” raconte-t-elle.
Ce genre d’incident n’est pas isolé. Les femmes qui osent marcher seules ou circuler sans accompagnateur subissent un harcèlement systématique. Entre les conducteurs agressifs et les passants intrusifs, leur quotidien dans les rues de la capitale est un parcours semé d’embûches.
La rue, un miroir du patriarcat
À Bagdad, la rue est bien plus qu’un espace de passage. Elle est une extension du foyer où les dynamiques de pouvoir patriarcal se reproduisent. Le harcèlement verbal, les remarques sexistes et les agressions symboliques ou réelles sont autant de moyens de maintenir les femmes à distance.
Ce phénomène limite leur autonomie et leur mobilité, les privant d’un droit fondamental : se déplacer librement. Plus qu’un enjeu de sécurité, il s’agit d’une lutte pour la reconnaissance de leur place dans une société qui les relègue au second plan.
Une résistance naissante
Malgré cette hostilité, des voix s’élèvent pour revendiquer une rue inclusive. Des collectifs féminins organisent des campagnes de sensibilisation et des marches pour dénoncer les violences sexistes. Ces initiatives, bien que timides, marquent une volonté de reconquérir l’espace public et de briser les stéréotypes.
À Bagdad, les femmes refusent de se laisser bannir. Leur combat pour réinvestir les rues est aussi un symbole d’espoir et de changement pour les générations futures. Mais la route vers une égalité véritable reste semée d’embûches, à la fois sur l’asphalte et dans les mentalités.
La Rédaction

